Dans un discours largement ignoré en dehors de la bulle bruxelloise, lundi 9 mars, la présidente de la Commission européenne a semblé enterrer le droit international et le multilatéralisme, considérés désormais comme obsolètes et irrémédiablement dépassés : «nous devons déterminer si le système que nous avons construit – avec toutes ses tentatives bien intentionnées de consensus et de compromis – est plutôt une aide ou une entrave à notre crédibilité en tant qu’acteur géopolitique.»
Présentant plusieurs inflexions importantes qu’elle souhaitait apporter à la politique étrangère de l’Union aux ambassadeurs de l’Union dans le monde, Ursula von der Leyen a insisté sur la mutation indispensable à ses yeux des relations que l’Union doit entretenir avec ses partenaires étrangers : celles-ci doivent cesser d’être guidées par des principes et des valeurs pour ne plus l’être que par les intérêts de l’Europe – selon un modèle assez proche de celui revendiqué par Donald Trump pour les États-Unis.
Elle a enfin souhaité mettre fin à la règle européenne de l’unanimité en matière de politique étrangère et de sécurité de l’Union – afin de lever les blocages constants de certains pays, la Hongrie en particulier.
Tenu par une personnalité qui, aux termes des traités, ne dispose pas de compétence légale en matière de politique étrangère et de sécurité, ce discours a suscité une grande émotion au sein des institutions de l’Union comme dans les États membres. Il a été en particulier au centre des débats d’une assemblée plénière du Parlement européen, le 11 mars dernier, à Strasbourg.
Nous le présentons ici «in extenso» en en commentant les principaux passages.
Chère Kaja,
Madame la Secrétaire générale, chère Belén,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
C’est un plaisir de vous revoir si nombreux ici dans cette salle. Et je voudrais commencer par remercier tous ceux et celles qui n’ont pas pu venir en personne et leur rendre hommage. Je pense en particulier aux personnes postées à travers le Moyen-Orient qui travaillent 24 heures sur 24 pour ramener les citoyens européens chez eux, pour assurer la liaison avec nos alliés et nos partenaires dans la région, et pour assurer la sécurité de notre propre personnel et de leurs familles. Vous représentez ce qu’il y a de meilleur au sein de notre corps diplomatique et l’excellence de l’Europe.
Je commence par le Moyen-Orient – non seulement du fait de la gravité et de la rapidité du conflit sur place, mais aussi en raison de ce qu’il nous dit sur le monde, et sur la place qu’occupent l’Europe et sa politique étrangère.
Vous entendrez différents points de vue sur la question de savoir si le conflit en Iran est une guerre menée par choix ou par nécessité. Mais je crois que ce débat passe en partie à côté de l’essentiel. Parce que l’Europe doit se concentrer sur la réalité de la situation, pour voir le monde tel qu’il est aujourd’hui.
Disons les choses clairement : aucune larme ne devrait être versée pour le régime iranien qui a infligé la mort et imposé la répression à son propre peuple : ils ont massacrés 17 000 de leurs propres jeunes. Ce régime a provoqué la…




