Ce temps qui passe si vite que regarder dans le rétroviseur, reste un exercice peu aisé, mais qui, parfois s’impose, une fois que la vie de footballeur est enfin archivée. En janvier 2025, Enzo Reale, gêné par des pépins physiques incessants, avait dû fermer sa carrière de joueur, à 33 ans, sur une note amère, sans avoir pu finir sa troisième saison sous le maillot du Goal FC. Il rangeait ainsi les crampons, définitivement, après avoir été l’un des chefs d’orchestre du groupe goalois, alors entraîné par Fabien Pujo, lors de l’accession en National en 2023. Depuis, il a tourné la page, tout en restant très proche du terrain, dans la peau du coordinateur sportif, utile au président Jocelyn Fontanel dans la structuration du club. Très actif, l’été dernier dans la construction de l’effectif du coach Pierre Thimonier, il a, depuis, pu suivre l’intégration parfaite de ses recrues (Dramé, Fontaine…) et livrer, aujourd’hui une analyse assez lucide de la situation du Goal FC : entre la volonté de revoir la lumière d’un succès perdu depuis 2025, et le regard fixé sur un maintien dans les cordes d’un effectif qui marque le pas, depuis près de trois mois.
À l’intersaison, l’effectif du Goal FC a attiré quelques convoitises. Comment avez-vous géré ces instants, notamment le départ de Malick Assef au FCVB ? «D’abord, on a fait un très bon début de saison, avec nos joueurs, tous performants, assez vite. La mayonnaise a pris rapidement. Ensuite, on a eu un petit coup de mou, juste après la reprise du championnat, cet hiver. En décembre, avant de partir en vacances, on fait un très bon match à Hyères qu’on perd, malheureusement (3-1). À la reprise, en janvier, contre Cannes, on a pris un gros revers (5-0), en passant complètement à côté du match, ce qui entache un peu la confiance des joueurs. Nos cadres ont mis un peu de temps à redevenir performants. C’est ce qui nous a un peu pénalisés, avec aussi le départ de Malick Assef qui nous a fait un peu mal. Malgré tout, on a quand même eu des résultats avec les mêmes joueurs qu’au début de saison, même sans parvenir à l’emporter. C’est vraiment un problème de confiance et de gestion des matches. Un peu à l’image de celui de Limonest où l’on mène 2-0, on maîtrise le match et où on ne doit jamais finir sur ce 2-2 ! Après ça, il y a eu aussi des faits de jeu qui nous ont mis dedans : je pense au carton rouge à Andrézieux de notre milieu N’Diaye. En étant objectif, en début de saison, on va dire que tout tournait dans notre sens. Et depuis 2026 c’est un peu le contraire.»
Vous étiez dans le top 5 à mi-championnat ou presque. Cela constituait-il une surprise au regard de votre ambition de maintien ? «C’était quand même une surprise que la mayonnaise prenne aussi vite avec un effectif autant renouvelé, l’été dernier. On avait une grosse maîtrise de nos matches. On gérait bien les temps forts et les temps faibles. C’est quelque chose qu’on a un peu perdu au fil du temps, surtout en 2026. On a un peu de mal à gérer ces temps faibles. Et ces temps forts aussi, d’ailleurs… On a moins de maîtrise. Mais on a fait, quand même, des matches encourageants. On a réussi à prendre un point, on va dire, miraculeux à Rumilly (1-1)… À Andrézieux, à 11 contre 11, tout un match, on aurait peut-être pu l’emporter. Mais clairement, c’est une question de dynamiques. Quand on ne devait pas gagner les matchs en 2025, on les gagnait souvent. Et là, en 2026, quand on doit les gagner, c’est le contraire. Donc il faut qu’on fasse basculer la réussite, en notre faveur.»
«La réussite de notre buteur Youba Dramé ? Il y a six mois, personne ne le voulait en France. Et on lui a donné la chance de revenir en France, de jouer…» Dans votre parcours, celui qui étonne beaucoup de monde, c’est votre buteur Youba Dramé (ndrl : 14 buts) que vous avez réussi à conserver à l’intersaison malgré quelques sollicitations venues de National. Comment avez-vous procédé pour l’enrôler, l’été dernier, alors qu’il restait sur des expériences mitigées à l’étranger ? «C’est simple. Youba, je connaissais bien son cousin, Mahamadou Dramé, avec qui j’avais joué à Béziers. C’est quelqu’un de très professionnel, quelqu’un de confiance. J’ai eu son agent, l’été dernier, et il m’a proposé son profil. Je me suis renseigné, il n’avait jamais joué en France. C’était un profil qui pouvait nous apporter beaucoup de choses, notamment sa qualité de vitesse, de percussion, de frappe et de centre. Je me suis dit pourquoi pas ? C’est peut-être la bonne pioche. En plus, c’est quelqu’un de très travailleur, très sérieux. Franchement, au niveau de l’état d’esprit, j’avais tous les feux verts. Aujourd’hui, il nous le prouve parce qu’il a mis les 3/4 de nos buts !»
Quels ont été vos arguments, cet hiver, pour le convaincre de finir la saison avec vous ? «Il a été pas mal courtisé en décembre. Ça lui a fait un peu mal à la tête, on va dire ça comme ça… Il avait peut-être envie de partir jouer plus haut. Sauf que, comme je lui disais, il y a six mois, personne ne le voulait en France. Et on lui a donné la chance de revenir en France, de jouer. Donc, on lui a dit qu’on aimerait qu’il finisse la saison, surtout qu’il était en pleine bourre et qu’il l’est encore ! J’ai eu ce discours avec lui : «aujourd’hui, tu en es tant de buts, je pense que tu vas en marquer encore plus, jusqu’à la fin de saison, en restant avec nous, au lieu d’aller en National, maintenant. Et peut-être que tu iras encore plus haut, ensuite. J’ai confiance en toi. OK ?» C’est ce que je lui ai fait comprendre.»
Et ça a marché ? «Jusqu’à présent, oui. Le président (Jocelyn Fontanel) a aussi fait un effort financier pour le convaincre, que ce ne soit pas que dans un sens. Il a fait l’effort de rester. Donc, nous aussi, on fait l’effort de le récompenser.»
À la fin de ma carrière, j’ai eu la chance de rester dans le foot, d’avoir la confiance du président Jocelyn Fontanel. C’est important, parce que je sais la situation de tous les joueurs qui gambergent pour construire une nouvelle vie…» Quel est l’enjeu du duel contre Bobigny, un adversaire qui n’est pas très loin de vous dans la course au maintien ? «C’est un enjeu capital pour nous, parce qu’on n’a pas gagné depuis quelques journées de championnat. On sait qu’il faut faire basculer les choses, en notre faveur. Je pense et je suis convaincu que ça apportera d’autres victoires et de la confiance aux gars. Donc, ce match-là, est important. Ce n’est pas une finale. Mais c’est un match très précieux pour inverser un peu la dynamique négative. On abordera ce match avec beaucoup de confiance. Parce qu’à Toulon (1-1), on a été très cohérent, très bon. On se fait rejoindre à la fin, malheureusement. Mais on est sur le bon chemin. Tout le monde est en train de revenir à son niveau. Nos cadres aussi.»
Comment se passe votre vie de coordinateur sportif du Goal FC, y a-t-il plus de joie que de regrets d’avoir stoppé votre carrière à 33 ans, en janvier 2025 ? «Déjà, j’ai la chance d’être resté dans le foot, d’avoir eu la confiance du président Jocelyn Fontanel. C’est important, parce que je sais la situation de tous les joueurs qui gambergent après la fin de leur carrière pour construire une nouvelle vie. Moi, j’ai un peu trouvé ma voie, ici, au Goal FC, même si tout n’est pas facile et que c’est du boulot. Avant, on se levait pour faire deux heures de foot et la journée était presque finie ! Là, c’est 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Mais, c’est très excitant. Et je sais qu’en plus, le club a des projets et veut continuer à évoluer. Donc, franchement, je suis très satisfait. Et j’espère que ça va durer.»




