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[CINE] Letras amarillas: cuando el cine turco se vuelve disidente…

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Nous connaissions déjà le cinéma iranien dissident, dont Mohammad Rasoulof, Jafar Panahi, Asghar Farhadi et Saeed Roustaee sont les réalisateurs les plus connus à travers le monde. Des films souvent tournés à l’étranger avec des acteurs ayant fui le régime des mollahs ou bien issus de la diaspora iranienne. Nous ne manquons d’ailleurs jamais, sur Boulevard Voltaire, de recenser et d’analyser les nouvelles sorties de ces cinéastes. Eh bien peut-être faudra-t-il également compter, dans les années qui viennent, sur un cinéma turc à l’approche similaire. Du moins, si l’on en croit Yellow Letters, le dernier film en date du cinéaste allemand d’origine turque Ilker Çatak.

La répression des intellectuels en Turquie

Le film revient sur la période 2016-2019 durant laquelle plus de 100.000 fonctionnaires furent licenciés, suite à la tentative de coup d’État contre Recep Tayyip Erdoğan, écrasée le 16 juillet 2016. Juste avant, nous dit le récit, dès le mois de janvier, deux mille artistes et universitaires reçurent la fameuse «lettre jaune» les informant de leur suspension professionnelle et de leur convocation au tribunal. La raison de cette toute première purge ? Avoir signé une pétition pour la paix à l’égard des Kurdes. Si le film ne mentionne jamais ces derniers, ni même le président Erdoğan, l’évocation est telle que le spectateur fait automatiquement le lien.

Le récit suit un couple de dramaturges dont l’engagement politique sera lourdement sanctionné par le régime. Célèbre auteur de pièces contemporaines à caractère politique, Aziz est également professeur d’écriture théâtrale à l’université d’Ankara. Son épouse Derya, quant à elle, joue les rôles qu’il lui écrit et l’accompagne volontiers dans ses nouveaux projets. Le jour où chacun reçoit la fameuse lettre jaune, ce couple bobo, donneur de leçons et bien installé, doit tout reconstruire. Prenant acte de leur déclassement, les deux s’installent avec leur fille adolescente à Istanbul, chez la mère d’Aziz. Celui-ci trouve alors un travail de chauffeur de taxi, tandis que Derya se résout finalement à travailler pour la télévision-poubelle qu’exècre son mari. Une situation électrique, chargée de part et d’autre de ressentiment, qui ne manquera pas de créer des remous au sein du couple.

Le sujet politique relégué au second rang

Vendu à tort comme «un thriller politique saisissant» par son distributeur, Yellow Letters est à appréhender principalement comme un drame familial dont la clé est l’émancipation, chacun dans son domaine, des deux époux. Un schéma narratif des plus classiques, tiré en longueur, qui tend – on le regrette – à nous faire dévier du sujet politique; le seul, à vrai dire, qui nous importait…

Tourné à Berlin (dans «le rôle d’Ankara», nous dit un intertitre), ainsi qu’à Hambourg (dans «le rôle d’Istanbul», nous dit un autre), Yellow Letters est intégralement parlé en turc avec des comédiens issus de la diaspora. Plutôt surprenant de prime abord, ce dispositif de délocalisation du tournage s’explique évidemment par la difficulté qu’a rencontrée le cinéaste de filmer en Turquie, mais s’explique aussi, selon lui, par la volonté d’exprimer le fait que les artistes et les universitaires ne seraient pas tellement plus à l’abri en Occident, surtout depuis que Donald Trump a décidé de faire le ménage dans l’Enseignement supérieur américain. Une assertion qui paraît bien hardie, compte tenu de la répression virulente – et avérée – en Turquie…

2,5 étoiles sur 5