Dans la revue Nature datée du 5 octobre 2023, des chercheurs de différentes disciplines ont entremêlé leurs connaissances dans le but de déterminer ce que sera le futur lointain de la Terre. Leur conclusion est la suivante : dans 250 millions d’années, les continents auront dérivé au point de finir par se percuter les uns les autres. Ils ne formeront donc plus qu’un seul gros bloc, la Pangea Ultima.
Cette évolution sera lente mais pas tranquille : en se rapprochant jusqu’à s’interpénétrer, les continents déclencheront en leurs bords une intense activité volcanique, qui libérera d’énormes quantités de gaz à effet de serre. En conséquence, le climat terrestre se réchauffera drastiquement, d’autant que le Soleil verra l’intensité de son activité augmenter de 2,5 %. Pour ne rien arranger, l’existence d’un seul supercontinent au lieu de plusieurs provoquera à l’intérieur des terres la formation d’immenses déserts sur lesquels aucune pluie ne tombera jamais plus. En clair – et pour reprendre la célèbre phrase de l’économiste John Maynard Keynes -, «à long terme, nous serons tous morts».
Au passage, ce résultat nous donne une leçon de modestie en montrant que le futur très lointain de la Terre ne dépend nullement de nos actions, que celles-ci soient passées, présentes ou futures : toutes les traces de notre présence et de ses effets auront fini par disparaître de sa surface. La Pangea Ultima symbolise en somme à la fois l’écrasement total de la politique et l’effacement complet des effets de notre présence sur Terre. Dans l’étude de Nature, l’activité humaine ne fait plus partie de l’équation : n’y est convoquée que l’historicité intrinsèque du système Terre, qui a débuté bien avant l’apparition du genre homo et se prolongera bien après lui.
Reste que ce qui vaut pour le futur à long terme ne vaut pas du tout pour le futur à court terme : lui va dépendre de nous. Nous savons en effet que ce qui va se passer durant les prochaines décennies sera en partie déterminé par ce que nous allons faire. Car, en matière d’environnement, toutes les projections sont inquiétantes, qu’elles concernent le changement climatique, la diminution des espaces de vie, la raréfaction des ressources, l’effondrement de la biodiversité, la pollution des sols, de l’eau et de l’air, ou encore la déforestation. D’autant que tous ces phénomènes se révèlent interdépendants : la pollution atmosphérique aggrave le changement climatique, qui accélère la déforestation, qui réduit la biodiversité, etc.
Dès lors, comment penser philosophiquement la transition qu’il convient d’effectuer ?
Avec Dominique Bourg, philosophe des sciences, professeur honoraire à l’Université de Lausanne, auteur de «Leçons des limites planétaires» (Actes sud, 2025) et Sophie Swaton, philosophe et économiste, enseignante-chercheuse à l’université de Lausanne, auteur de «L’œil du jaguar» (Actes sud, 2025). Conceptrice du revenu de transition écologique, elle préside la Fondation Zoein et son Institut de recherche consacré au paradigme de civilisation émergent.
Dominqiue Bourg et Sophie Swaton ont coécrit «Primauté du vivant, essai sur le pensable» (PUF, 2021).


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