Au début des années 1930, un général de l’armée américaine fonde Muzak, une société qui diffuse de la musique dans les ascenseurs pour calmer les passagers, mais surtout dans les usines pour augmenter la productivité des travailleurs. La muzak, contraction de «musique» et «Kodak», pour le clic qu’elle est censée déclencher dans l’esprit de l’auditeur, s’est échappée des ascenseurs pour envahir les lieux de vente, de consommation, et nos vies jusqu’à nos téléphones. Quelles sont les origines de cette musique, dans quel contexte s’est-elle déployée et quels sont ses enjeux politiques? David Unger, réalisateur du documentaire Une histoire de la musique d’ascenseur revient sur l’origine et le but de cette musique d’ambiance:
«La muzak est conçue pour ne pas être écoutée. Il y a là un paroxysme typique de notre modernité. Pour ne pas être écoutée, il fallait qu’elle soit à la fois la plus légère possible, mais qu’en même temps, on puisse la reconnaître. La muzak, ce sont essentiellement des reprises, des standards, des chansons connues et des mélodies connues, ce qui évoque un souvenir et une nostalgie. Et ça évoque aussi dans la tête des travailleurs ou des consommateurs quelque chose de plaisant. Ensuite effectivement, ce qui était extraordinaire à l’époque, cette musique n’était pas composée, mais arrangée par des arrangeurs qui cherchaient à faire en sorte que la musique soit la plus homogène, douce et linéaire possible. Il n’y avait jamais de ruptures de rythme ou de grands éclats d’instruments. Elle était pensée et enregistrée de cette façon. Il y avait des musiciens de studio qui venaient pour enregistrer cette muzak en studio en travaillant sur partition avec un chef d’orchestre et qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes comme musiciens, pour faire en sorte que cette musique soit la plus douce possible. Ce qui est drôle, c’est qu’une musique conçue pour ne pas être écoutée était quand même arrangée et réellement enregistrée.»
Le documentaire Une histoire de la musique d’ascenseur, de la Muzak au streaming est disponible sur arte.tv à partir du 11 mars 2026.







