À seulement 18 ans, Lou Lambert Agosti fait partie des jeunes joueuses françaises qui avancent vite, sans brûler les étapes. Aperçue au FIP Bronze de Rivesaltes, la Toulousaine poursuit son intégration dans le monde du padel, entre circuit international, exigences du haut niveau et construction progressive d’un vrai projet de carrière. Formée d’abord au tennis avant de basculer vers le padel, elle fait aujourd’hui partie de ces profils qui incarnent la relève française.
Du tennis au padel, un virage pris très tôt
Comme beaucoup de joueuses de sa génération, Lou Lambert Agosti n’est pas arrivée au padel par hasard. C’est à travers son ancien coach de tennis, Brice Bernard, qu’elle découvre la discipline. Celui qui est aujourd’hui référent padel en Occitanie l’oriente alors vers les détections régionales. À ce moment-là, la jeune joueuse commence déjà à prendre ses distances avec le tennis, dans lequel elle ne trouve plus le même élan.
Elle résume ce moment de bascule avec simplicité : «J’étais un peu démotivée par le tennis, donc j’ai dérivé vers le padel.» Une transition rapide, presque naturelle, qui va très vite prendre une autre dimension.
Dès sa première année, elle connaît en effet une première expérience forte avec une sélection en équipe de France junior et une participation aux championnats du monde au Mexique. Un déclic dans son parcours. Cette première immersion sous le maillot bleu lui donne une direction et, surtout, l’envie de s’investir pleinement dans ce sport.
Une année de césure pour structurer son projet
Après son baccalauréat, Lou a fait le choix de consacrer une année entière à son développement sportif. Un choix fort, qui traduit déjà une certaine maturité dans la manière d’aborder sa progression. Son quotidien s’articule aujourd’hui entre plusieurs bases de travail, avec un équilibre entre la France et l’Espagne.
Elle s’entraîne notamment à Vichy, au Centre national d’entraînement, mais aussi à Barcelone, où elle travaille avec Juan Alday. Cet aller-retour entre deux environnements lui permet d’élargir ses horizons, de varier les méthodes et de se confronter à d’autres exigences. Dans son encadrement quotidien, deux noms reviennent particulièrement : Juan Alday et Baptiste Benetoux, les deux techniciens qui la suivent le plus régulièrement.
Quand elle rentre à Toulouse, le contenu change un peu, avec davantage de préparation physique et un travail davantage tourné vers le jeu et les matchs. Derrière cette organisation, il y a aussi un entourage très fort humainement. Lou évoque notamment Léa Godallier et Baptiste comme de véritables piliers, presque une famille sportive, sur laquelle elle s’appuie au quotidien.
Un calendrier désormais tourné vers l’international
Même si elle reste aujourd’hui 18e joueuse française, Lou Lambert Agosti regarde déjà au-delà du cadre national. Son calendrier est désormais largement orienté vers le circuit FIP, avec une logique claire : aller chercher de l’expérience, des repères et du vécu face à des adversaires mieux installées.
Elle l’explique très directement : «En ce moment, je me concentre surtout sur les FIP. J’essaie vraiment de jouer davantage à l’international.» Ce choix a forcément des conséquences sur son classement français, puisqu’elle joue moins dans l’Hexagone, mais la trajectoire est assumée. La priorité est ailleurs : accumuler des matchs, apprendre, comprendre ce qui sépare encore une jeune joueuse française du très haut niveau international.
Cela ne veut pas dire qu’elle tourne le dos au circuit français. Elle compte toujours disputer les grands rendez-vous, notamment les P2000, certains P1500 et bien sûr les championnats de France. Mais la saison se construit désormais autour d’entraînements à l’étranger. Après Rivesaltes, son programme comprend notamment Séville, puis deux tournois en Italie, avec à chaque fois des partenaires différentes, souvent espagnoles. Une manière aussi de sortir de ses habitudes et d’enrichir sa lecture du jeu. À Séville, par exemple, elle doit même évoluer à gauche pour s’adapter à une partenaire gauchère.
Kimy Barla, une relation forte au fil des années
Sur le circuit jeunes puis sur le circuit français, impossible de ne pas associer Lou Lambert Agosti à Kimy Barla. Les deux joueuses ont construit au fil du temps une relation forte, visible sur les tournois comme en dehors. Leur histoire remonte à un TNJ à Perpignan, où elles se croisent pour la première fois.
Lou se souvient d’une joueuse qu’elle ne connaissait pas, au profil marquant, déjà très identifiable sur la piste. Elles s’affrontent deux fois dans ce tournoi, se partagent les victoires, puis gardent contact. Très vite, la relation prend. Les échanges se multiplient, d’abord à distance, puis l’idée de jouer ensemble s’impose naturellement.
Ce qui ressort de cette relation, c’est autant la proximité humaine que la complémentarité sportive. Elles ont le même âge, des centres d’intérêt communs, mais aussi des tempéraments différents. Et c’est précisément ce contraste qui a nourri leur entente. Dans un circuit où les associations peuvent être très mouvantes, leur lien a gardé quelque chose de fort et de sincère.
Les compétitions jeunes, un révélateur
Avant même de se projeter vers le haut niveau senior, Lou Lambert Agosti s’est construite à travers les compétitions internationales jeunes. Avec l’équipe de France, elle a participé aux championnats d’Europe et aux championnats du monde, des rendez-vous qui comptent beaucoup dans la formation d’une joueuse.
Au-delà des résultats, ces compétitions lui ont permis de se confronter à des joueuses de sa génération, ce qui reste finalement assez rare dans son quotidien. Sur le circuit, elle joue en effet le plus souvent contre des adversaires plus âgées, plus expérimentées, plus installées. Les campagnes avec les Bleues lui ont donc offert un autre miroir, une autre manière de se situer.
Les résultats ont d’ailleurs été solides, avec deux troisièmes places, à chaque fois derrière les Espagnoles. Des performances qui ne relèvent pas de l’anecdote et qui montrent que cette génération française sait exister dans les grands rendez-vous. Représenter la France a aussi renforcé chez elle une forme d’exigence particulière : jouer pour une équipe, pour un maillot, et pas seulement pour soi.
L’équipe de France senior comme horizon
Forcément, après les jeunes, la suite logique mène vers l’équipe de France senior. Lou ne le cache pas : c’est un objectif clair. Mais elle en parle avec recul, sans posture, consciente de la densité actuelle du haut du classement français et de l’expérience accumulée par celles qui la devancent.
Elle sait que rien n’est encore acquis, que sa place reste à construire et qu’elle devra la gagner par le contenu, par les résultats, mais aussi par l’attitude. C’est d’ailleurs un point sur lequel elle insiste particulièrement : la capacité à montrer en match ce qu’elle produit à l’entraînement, tout en conservant une attitude irréprochable. Chez elle, cette idée revient souvent : la progression ne passe pas seulement par le jeu, mais aussi par la tenue, l’état d’esprit, la constance.
Elle avance donc avec ambition, mais sans précipitation. Si ce n’est pas pour tout de suite, ce sera peut-être pour l’année suivante. La logique est celle du travail plus que celle de l’urgence.
Un gros chantier sur la défense et le mental
Dans son développement actuel, certains axes de progression ont été clairement identifiés. Le premier concerne la défense. En arrivant en Espagne, Lou a été immédiatement replacée dans une zone de travail très précise : le fond de piste, les appuis, les jambes, les déplacements. Le message de Juan Alday a été limpide : il fallait d’abord construire une base défensive plus solide.
Elle raconte ce passage avec humour, mais aussi avec lucidité : «Quand je suis arrivée en Espagne, il m’a mise au fond de la piste et il m’a dit : ‘Tu vas bouger les jambes et tu vas défendre.'» Derrière la formule, il y a un vrai chantier technique. Grande physiquement, elle doit apprendre à mieux utiliser son gabarit, à mieux coordonner ses déplacements, à être plus mobile dans les phases basses comme dans les transitions.
Le travail concerne aussi les zones plus offensives, notamment la prise de balle à la volée et la qualité de sa vibora, qu’elle cherche à prendre plus haut et plus tôt. Mais l’autre grand chantier est mental. Lou sait que son niveau d’entraînement doit davantage se retrouver en match. Pour cela, elle s’appuie sur un accompagnement spécifique avec Marjolaine, qui la suit au quotidien sur cet aspect. L’objectif est clair : parvenir à se libérer davantage en compétition, sans perdre en exigence.
Des objectifs 2026 tournés vers la progression
Pour la suite, Lou Lambert Agosti ne s’enferme pas dans une obsession de classement. Elle préfère se fixer des repères plus profonds, plus durables. Son premier objectif pour 2026 n’est pas chiffré : elle veut avant tout être fière de son année, du travail accompli et du chemin parcouru.
L’équipe de France fait évidemment partie de l’horizon, mais sans devenir une pression permanente. Ce qu’elle veut préserver avant tout, c’est le plaisir de jouer, l’envie de continuer à avancer et la capacité à rester connectée à ce qui l’a fait aimer ce sport. En résumé, tout est là : une jeune joueuse ambitieuse, structurée mentalement, déjà bien entourée, qui sait où elle veut aller sans chercher à aller trop vite.





