Une étude de Teads et Censuswide révèle que 51% des Français utilisent un second écran lorsqu’ils regardent du sport en direct à la télévision. Un chiffre qui en dit long sur notre capacité de concentration et qui révèle un désir de surstimulation permanent.
Il y a ceux qui n’ont pas grand-chose à faire du match de Ligue 1 du samedi après-midi et qui scrollent sur les réseaux sociaux ou font du shopping en ligne, et puis il y a ceux qui sont de grands fans. C’est le cas de Simon, 25 ans, supporter malheureux du FC Nantes et accro au sport en général. Et, c’est simple, il a décidé qu’il ne raterait rien.
«Le week-end, il y a une offre de sport qui est quand même très importante», observe-t-il. «Et souvent, tout tombe en même temps. Sauf que moi, je n’ai pas envie de faire de choix et, comme je peux regarder plusieurs écrans, plutôt que de choisir un match de foot devant un match de rugby ou un Grand Prix de Formule 1 devant un match de tennis, je vais regarder 4 écrans à 15h avec tous les contenus en même temps.»
Derrière ce désir d’exhaustivité, il y a aussi la peur de rater quelque chose, c’est le phénomène FOMO («Fear Of Missing Out»). «Le paradoxe, c’est que ça m’arrive de rater des choses, puisque je n’ai le son que sur un écran. Parfois, je tourne la tête et je me rends compte qu’il y a eu un but. C’est sûr qu’on ne peut pas être concentré sur tout à 100%, mais encore une fois, c’est pour s’éviter la frustration de ne pas du tout voir un match ou une course.»
«Maintenant, le fan est devenu actif»
Mais le multi écran permet aussi à Simon de contrer une autre frustration : celle des temps morts. «Si pendant le match de foot, à un moment, il y a un joueur par terre blessé, si la course cycliste passe en publicité… Tu n’as qu’à regarder l’autre écran et tu n’as pas à attendre.»
Et puis, Simon le reconnaît, il succombe aussi à la tentation du téléphone. «C’est vraiment un réflexe, je vais souvent sur Twitter pour regarder les commentaires du propre contenu que je suis en train de regarder, parce que c’est un réflexe de voir ce que disent les gens, comment ils réagissent… Quand je ne regarde qu’un match à la fois, dès qu’il y a cinq secondes de temps mort, je prends directement mon portable. Je pense que je suis incapable de regarder un match pendant 90 minutes sans toucher à mon téléphone.»
Ce n’est pas le cas de Simon, mais certains téléspectateurs utilisent aussi leur portable pour parier ou jouer à des jeux en ligne. L’un des plus célèbres, c’est sans doute Mon Petit Gazon. «Avant, le fan était passif», juge Martin Jaglin, co-fondateur du jeu de foot en ligne. «Maintenant, il est devenu actif. Il va choisir son équipe, il va être directeur sportif, il va être entraîneur, il va remplacer ses joueurs en permanence, soit avec du vrai argent, ça, ce sont les paris sportifs, soit avec des jeux de fantaisie ou de pronostics comme Mon Petit Gazon.»
«On a l’impression qu’il faut toujours plus de plaisir»
Pour Martin Jaglin, être connecté sur un autre écran permet aussi d’égayer des après-midi et des soirées. «Tu peux regarder un match qui est ennuyeux et grâce à une vanne rigolote sur un réseau ou grâce à un fait de jeu dans MPG, ça va justement te le faire apprécier là où c’est ennuyeux.»
Cette recherche de surstimulation, Alain Dervaux, professeur en psychiatrie et addictologie la connaît bien. «C’est potentialiser le plaisir, c’est-à-dire que c’est toujours plus», explique-t-il. «Avant, regarder un match de foot, ça pouvait être sympa… Mais c’est encore mieux si on peut dialoguer sur les réseaux sociaux à propos de ce match de foot, c’est encore mieux si on peut regarder un autre match de foot sur une autre chaîne… Tout cela c’est pour ressentir du plaisir, et on a l’impression qu’il faut toujours plus de plaisir. Le problème c’est que quand c’est trop, après, on s’épuise, parce que l’organisme s’adapte. Trop de plaisir, ça active certains neurotransmetteurs dans notre cerveau, qui s’appellent la dopamine et on peut se retrouver dans des cercles vicieux qui font qu’on n’arrive plus à s’en sortir.»
Le médecin insiste : la surexposition aux écrans peut être dangereuse, surtout lorsqu’elle concerne les enfants et les adolescents.





