MARTIN BERTRAND / Hans Lucas via AFP
Maxime Saada a réagi à la tribune de 600 signataires du cinéma « anti-Bolloré »
Mauvais joueur. La veille du début du 79e festival de Cannes, 600 professionnels du monde du cinéma co-signaient une tribune dans le journal Libération, dénonçant l’influence grandissante de Vincent Bolloré dans le milieu du 7e art et alertant sur une menace « culturelle » et « idéologique ». Parmi les célébrités dont le nom figurait sur la tribune, Adèle Haenel, Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi et Blanche Gardin.
Cette tribune n’a pas été bien reçue par la direction du groupe d’audiovisuel détenu par le milliardaire breton. Comme le rapportent Le Film Français et l’AFP, la réponse ne s’est pas faite attendre puisque Maxime Saada s’est montré tranchant ce dimanche 17 mai lors du traditionnel brunch des producteurs tenu par Canal+.
Ce dernier a ainsi commencé par évoquer l’investissement du groupe pour le cinéma et la production audiovisuelle. « Je vais être très clair et intransigeant : je suis fatigué d’avoir à répéter que Canal+ soutient l’ensemble du cinéma et sa diversité. L’Histoire de Souleymane ne se fait pas sans Canal+, pas plus que des dizaines de films chaque année qui témoignent de cet engagement ».
Puis, il a directement évoqué celles et ceux qui ont signé cette tribune dans Libération après avoir reconnu avoir « vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes de Canal+, qui s’attachent à défendre l’indépendance du groupe dans toute la diversité de ses choix ». Le président du directoire de Canal+ a expliqué qu’il « ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune. Si certains en viennent à qualifier Canal+ de «crypto-fasciste», alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux. La limite est là », insinuant ainsi que les signataires seraient désormais des persona non grata pour travailler sur des projets financés par le groupe de Vincent Bolloré.
La tribune anti-Bolloré
Au début du Festival de Cannes et suite à la publication de cette tribune, une action collective a eu lieu lors de la projection du film d’ouverture La Vénus électrique. Les financeurs du long-métrage de Pierre Salvadori ont été applaudis par les spectateurs, à l’exception de Canal+.
La tribune a été publiée dans le quotidien suite à un appel lancé par le collectif « Zapper Bolloré ». Dans le texte qui mentionne aussi l’éviction d’Olivier Nora chez Grasset par exemple, Vincent Bolloré est accusé de mener un « projet civilisationnel » réactionnaire et d’extrême droite. Les signataires craignent « une uniformisation des films » mais aussi “une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif”.
Dans une réaction transmise à l’AFP, le collectif Zappons Bolloré affirme que la « menace » brandie par Saada confirmait leurs « craintes ». « Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ? », a-t-il déclaré.
Signataire de la tribune, le cinéaste Arthur Harari, retenu en compétition cette année avec « L’Inconnue », récuse, lui, toute critique contre les équipes de Canal+ mais assume d’avoir exprimé un “questionnement sur la dimension politique du groupe Bolloré”. « Je pense qu’il faut juste nommer les choses plutôt que de les laisser comme une espèce d’impensé », a-t-il dit à l’AFP.




