Une rencontre sportive permettra-t-elle de réchauffer les relations entre la Corée du Sud et la Corée du Nord ? Les footballeuses nord-coréennes du Naegohyang FC ont posé leurs valises à Séoul pour affronter, en demi-finale de la Ligue des champions asiatique, le Suwon FC sud-coréen dans une rencontre rarissime ce mercredi 20 mai 2026.
C'est la première visite d'une équipe sportive du Nord chez son voisin depuis sept ans et demi. Techniquement, les deux États sont toujours en guerre, leur conflit s'étant soldé en 1953 par un armistice, et non un traité de paix. Le voyage ayant été interdit aux supporters nord-coréens, Séoul a débloqué 200 000 dollars pour financer des associations sud-coréennes projetant d'encourager les deux équipes à la fois. Environ 3 000 personnes sont attendues pour soutenir les Nord-Coréennes, dans un match à guichets fermés.
Cette attention n'a pas ému leur entraîneur, Ri Yu Il, qui a déclaré lors d'une conférence de presse que « la question des supporters n'est pas quelque chose dont moi, en tant qu'entraîneur, ou nos joueuses devons nous préoccuper ». De son côté, le président sud-coréen Lee Jae Myung multiplie les appels pour renouer le dialogue avec la Corée du Nord – bien que celui-ci n'ait pour le moment pas saisi la main tendue. La rencontre des deux équipes pourrait-elle apaiser les relations ? Cela s'est déjà vu entre d'autres États. Tour d'horizon.
Entre les États-Unis et la Chine, la diplomatie du ping-pong (1971)
C'est l'un des exemples les plus connus de diplomatie par le sport. Le championnat du monde de tennis de table de 1971 se tient alors qu'un risque de guerre plane entre la Chine et l'URSS, après le conflit frontalier sino-soviétique de 1969. Richard Nixon, alors président des États-Unis, se sert de la situation pour mettre en difficulté l'URSS. Se crée ainsi un contexte favorable à un rapprochement avec la Chine, traduit notamment lors de l'événement sportif international.
À cette occasion, après plusieurs échanges entre les équipes des deux pays, la rencontre entre Glenn Cowan et Zhuang Zedong suscite l'intérêt des médias. Les dirigeants chinois décident ensuite d'inviter l'équipe de pongistes américains à visiter la Chine. L'année suivante, Richard Nixon devient le premier président des États-Unis à visiter la Chine et l'équipe de tennis de table chinoise est à son tour invitée sur le sol américain. Une « diplomatie du ping-pong » qui a marqué un tournant, à la fois dans les relations sino-américaines et dans la guerre froide.
En 1972, dans une série de huit rencontres internationales de hockey sur glace, le Canada et l'URSS s'affrontent pour déterminer laquelle des deux nations est la meilleure au monde dans cette discipline. La « série du siècle », dont la moitié des matchs s'est déroulée au Canada, la seconde à Moscou, s'est ainsi jouée en pleine guerre froide.
Remportée par le Canada, la confrontation a de fait symbolisé pour beaucoup une bataille entre l'Union soviétique et l'Occident. Elle avait pourtant été imaginée pour remplir un tout autre objectif. La « série du siècle » est née sous l'étendard de la diplomatie, d'une volonté du premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau et de son homologue soviétique, Alexeï Kossyguine d'améliorer les relations entre leurs deux pays. À défaut de parvenir à les réchauffer efficacement, l'événement a laissé le souvenir aux Canadiens d'une victoire retentissante qui a marqué l'histoire du hockey national.
Pendant la guerre Iran-Irak, un rameau d'olivier sur un terrain de volley (1987)
En guerre depuis sept ans, l'Iran et l'Irak se trouvent en 1987 sur un même terrain de volley à l'occasion du Championnat d'Asie des nations qui se déroule alors au Koweït. Les deux équipes s'affrontent alors pour la dixième place. Mais avant le coup d'envoi, l'équipe iranienne s'est vue offrir un rameau d'olivier et des bouquets de fleurs tendus par leurs opposants irakiens, suscitant un tonnerre d'applaudissements de la part du public.
Quelque 700 supporters irakiens et iraniens étaient présents au Koweït pour assister au match. À l'issue de la rencontre, remportée en quatre manches par l'équipe irakienne, celle-ci a salué les supporters iraniens. Les joueurs iraniens eurent le même geste envers les supporters de l'équipe adverse, rapportait alors le Washington Post. Le conflit Iran-Irak s'est poursuivi jusqu'en 1988.
Cela fait près de vingt ans que les relations diplomatiques entre l'Iran et les États-Unis sont gelées lorsque leurs équipes de foot s'affrontent à l'occasion de la Coupe du monde de 1998. Elles se rencontrent sur la pelouse du stade de Gerland, à Lyon, le 21 juin de cette année-là , dix-neuf ans après la révolution islamique et la prise d'otage au sein de l'ambassade américaine.
« J'espère que ce match pourra constituer une nouvelle étape vers le rapprochement entre nos deux nations », déclarait Bill Clinton, alors président des États-Unis. L'Iran l'a emporté 2 buts à 1. Malheureusement, le vœu de Bill Clinton ne sera pas tout à fait exaucé. Et il faudra attendre 2022 pour que les deux équipes s'affrontent de nouveau, encore une fois lors de la Coupe du monde de football.
Concernant celle de 2026, organisée notamment par les États-Unis, l'incertitude plane quant à la participation de l'Iran depuis les attaques israélo-américaines de février suivi d'un fragile cessez-le-feu.
Le cricket, terrain cathartique pour l'Inde et le Pakistan (2005)
Entre l'Inde et le Pakistan, les tensions persistent depuis l'indépendance du premier État et la création du second en 1947. Mais à la faveur d'une « diplomatie du cricket » semblable à la « diplomatie du ping-pong » sino-américaine, le dialogue a parfois pu être renoué autour de ce sport importé par les colons britanniques au XVIIIe siècle. Un accord de compromis a même été signé entre les deux États voisins, qui ne s'affrontent que dans le cadre de tournois multinationaux organisés sur des terrains neutres.
Deux fois, lorsqu'il était premier ministre de l'Inde, Manmohan Singh a invité un dirigeant pakistanais à venir s'asseoir à ses côtés à l'occasion d'un match. Ainsi Pervez Musharraf, alors président du Pakistan, a-t-il répondu à son invitation et s'est rendu à New Dehli en 2005. Il sera imité six ans plus tard, en 2011, par le premier ministre pakistanais Youssouf Raza Gilani, lors de la demi-finale de la Coupe du monde de cricket. Une rencontre qui avait notamment pour objectif de résorber les tensions entre les deux pays après les attaques à Bombay, en novembre 2008.



