Il a fallu abandonner le soleil qui inonde la Croisette, descendre trois étages, et se retrouver dans les entrailles du Carlton, célèbre palace cannois, où se situe l'expérience. À heure dite, 220 festivaliers sont enfermés dans une grande salle blanche. Certains restent debout, d'autres s'allongent ou s'assoient en tailleur.
Les lumières s'éteignent… On se retrouve à l'intérieur du rover intelligent Serendipity, embarqué sur une planète Mars dévastée, en l'an 3009, à la recherche des traces d'une colonisation humaine disparue. Entre tempêtes de sable, ruines futuristes et archives numériques, l'expérience, qui dure une trentaine de minutes, plonge les visiteurs dans un voyage sensoriel qui va du sol au plafond, où la frontière entre cinéma, art contemporain et spectacle vivant disparaît. Derrière l'esthétique spectaculaire du voyage spatial se cache une réflexion sur la mémoire et la solitude technologique. Lorsque le rover découvre qu'il erre depuis des siècles sur une planète abandonnée, il devient le dernier gardien de l'humanité. Et l'œuvre prend une dimension poétique et mélancolique qui dépasse la simple démonstration visuelle.
Le cinéma immersif n'est plus un simple gadget ou un laboratoire technologique réservé aux passionnés de réalité virtuelle. Il devient aujourd'hui une nouvelle manière de raconter des histoires, où le spectateur ne regarde plus seulement un film : il entre physiquement dans l'univers narratif, avec une expérience qui dissout la frontière entre le corps et l'écran.
Le futur du cinéma ?
Lancée il y a deux ans, la compétition immersive de Cannes rassemble cette année neuf œuvres, venues du Royaume-Uni, des Philippines en passant par la Corée du Sud ou la France. Toutes très différentes dans leurs thèmes et leurs univers, mais réunies par une même ambition : faire vivre le récit de l'intérieur. Plongée dans l'univers inquiétant de Black Mirror, ou dans un tribunal dirigé par une IA où l'humanité joue sa survie, science-fiction, expériences interactives, installations visuelles ou récits sensoriels, chaque projet propose une nouvelle manière de ressentir le cinéma. Une sélection qui montre que le futur du cinéma pourrait passer par des œuvres hybrides, à mi-chemin entre projection, architecture et interaction sensorielle.
Plus qu'un film, il s'agit d'une exploration du rapport entre l'homme, la machine et la mémoire. Une expérience qui confirme que l'immersion n'est plus un gadget technologique, mais un véritable nouveau langage artistique…
Le Prix de la meilleure œuvre immersive sera remis lors d'une cérémonie de clôture, vendredi 22 mai, par un jury présidé par la chorégraphe Bianca Li.




