Production de l'Opéra de Paris, avec les jeunes chanteurs et musiciens de l'Académie, ainsi que l'Orchestre Ostinato dirigé par Chloé Dufresne, la « Finta giardiniera » a été composée par Mozart à l'âge de dix-huit ans. Dans la mise en scène de Julie Delille, la gaieté et l'effervescence du livret et de la musique prennent un élan formidable avec les jeunes artistes dans une double distribution.
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Imbroglios amoureux
Quelle histoire ! Une fausse jardinière, Sandrina, en réalité une Marquise, est entrée au service du podestat (juge) dans le but de retrouver son ancien amant qu'elle aime encore, le Comte Belfiore, qui l'a poignardée par jalousie et croit l'avoir laissée pour morte. Ce dernier vient d'être nouvellement fiancée à la belle Arminda, la nièce du podestat, alors que ce dernier en pince pour Sandrina, qu'il voudrait bien mettre dans son lit ! C'est sans compter un troisième larron, le chevalier Ramiro, ancien fiancé d'Arminda qui l'a délaissé pour Belfiore, et que Serpetta, la servante du Podestat, aimerait bien épouser de manière à devenir une vraie « dame » mais qui est courtisée par Nardo, de son vrai nom Roberto, ancien serviteur de la marquise, déguisé lui aussi en jardinier. On l'aura compris, le drama gioccoso (drame joyeux) du jeune Mozart, composé sur le livret de l'Abbé Petrosellini, décrit les splendeurs et les misères de jeunes gens en quête perpétuelle d'amour, sur fond de commedia dell'arte où des personnages secondaires, burlesques, se mêlent à des personnages sérieux et sentimentaux qui se croisent dans des intrigues abracadabrantes, complexes et tordues, pour le plus grand bonheur du public.
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Rêve ou réalité ?
Julie Dellile a choisi de placer ces jeunes amoureux dans un parc aux arbres desséchés, sur une terre aride, qui va progressivement évoluer vers un un univers fantasmatique, aux ondes aquatiques, comme pour donner forme à leurs passions, à leur jalousie et à leur colère. On peut être surpris par ce choix scénographique qui évoque plus Beckett que Mozart avec ses mottes de terre brune et ses rocailles, mais les jeunes interprètes sont tellement vivants, talentueux et investis, que le spectacle prend vie et s'incarne avec beaucoup de chaleur et de sincérité. Isobel Anthony (ou Ana Oniani) est une épatante et vibrante Sandrina, face au formidable Bergsvein Toverud (ou Matthew Goodheart) dans le rôle du Comte Belfiore, ridicule et touchant à la fois. Sima Ouahman (ou Neima Fisher) incarne avec brio et flamboyance Serpetta, dans sa relation orageuse avec Clemens Frank (ou Luis-Felipe Sousa) qui campe Nardo. Yu Shao est impeccable, en alternance avec Kiup Lee, dans le personnage du podestat imbu de lui-même, Daria Akulova (ou Lorena Pires) magnifique en Arminda et Amandine Portelli (ou Sofia Anissimova) propose un Don Ramiro ténébreux et suave, avec un beau timbre de mezzo qui devrait affiner son legato.Â
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Songes aquatiques
Le troisième acte, celui des résolutions, plonge les personnages et les récitatifs dans une atmosphère bleutée, que les indiennes du décor de Chantal de la Coste-Messelière, étoffes fleuries aux couleurs de l'eau qui viennent recouvrir les pierres et les arbres secs, dans les lumières d'Elsa Revol, rendent fantastique. Il faut dire que les costumes inventifs, aux toiles chamarrées et aux camaïeux pastels, que signe Clémence Dellile, rendent les personnages intemporels, comme sortis d'un livre d'images ou d'une série sur Netflix. Les récitatifs introspectifs, les airs d'ensemble d'une fraîcheur juvénile, les duos tendres et les invectives piquantes, à l'égard des hommes par les femmes, des femmes par les hommes, sont d'une incroyable saveur et d'un délice absolu, que la chef-d'orchestre Chloé Dufresne dirige avec finesse et énergie, et surtout un attentif respect de la partition, de l'orchestre et des chanteurs. Une production épatante, accessible à tous les publics, qu'il faut aller vite applaudir à la MC93.
Hélène Kuttner Â





