Imagine un laboratoire de recherche et développement qui tient dans une boîte à chaussures. Et une usine de production dans un simple carton de déménagement… Bienvenue dans l’univers de SpacePharma qui a installé sa filiale européenne – SpacePharma EU – à Sophia Antipolis fin 2022.
Non contente d’avoir développé des laboratoires et des usines ultraminiaturisés, robotisés et commandables à distance, cette deeptech helvético-israélienne qui emploie 25 collaborateurs dans le monde (Israël, France, États-Unis, Suisse) pour un chiffre d’affaires annuel de 4M€ les envoie dans l’espace à 400 km au-dessus de nos têtes.
En orbite basse, ils servent à réaliser des expériences en microgravité pour les entreprises des sciences de la vie et de la santé. Une évidence pour Paul Kamoun, directeur de SpacePharma EU, persuadé qu’une révolution va se produire dans le secteur de la santé : «L’espace est le seul domaine aujourd’hui qui offre des possibilités d’innovation vraiment disruptives.»
C’est d’ailleurs ce qu’il s’attache à démontrer en organisant depuis quatre ans Health from Space, une conférence internationale qui s’est tenue les 24 et 25 mars à Cannes. Elle a réuni environ 250 participants – big pharmas, startups, entreprises du New Space, investisseurs et organismes spatiaux comme l’Agence spatiale européenne (ESA), la Nasa ou le CNES – venus explorer comment la recherche et les techniques issues de l’espace peuvent transformer les sciences de la vie, la santé et les biomatériaux sur Terre.
Cinq missions spatiales par an
S’il en est aussi certain, c’est que SpacePharma est l’une des pionnières du Made in Space [fabrication et assemblage dans l’espace, ndlr] et a déjà réalisé une douzaine de missions spatiales à son actif. Ne serait-ce que celle réalisée en 2023 avec une autre Azuréenne, Cutiss Innovation, filiale du groupe suisse spécialisé en dermatologie. Son objectif : étudier les mécanismes de régénération de la cicatrisation et du vieillissement de la peau en microgravité. «On a un rythme de trois missions par an et on devrait passer à cinq cette année,» confie Paul Kamoun, ancien de Thales Alenia Space à Cannes. «La prochaine avec le CHU de Grenoble décollera le 8 avril et portera sur les maladies du cerveau. En mai, ce sera un projet de recherche des laboratoires Roche qui se concentrera sur les analyses de biomarqueurs pour l’oncologie. Nous sommes fournisseurs de services, précise-t-il. On apporte notre laboratoire qui est unique mais on examine aussi les résultats en collaboration avec le client.»
Un accélérateur d’innovation
Quels avantages à aller faire ces expériences en orbite basse ? «On va plus vite sur les essais précliniques ; c’est un accélérateur d’innovation qui permet de gagner du temps pour un coût moindre : 1 M€ en moyenne pour une mission comparé aux 2 à 3M€ des programmes de recherche de l’Union européenne. La physique, la chimie et la biologie se comportent différemment dans l’espace. Il n’y a pas de sédimentation ni de convection. L’absence de gravité permet par exemple de faire croître en 3D des cristaux de protéines très purs sur lesquels peuvent être basés de nombreux médicaments.»
Usine spatiale d’anticorps monoclonaux
Et c’est là que se trouve l’autre atout de taille de SpacePharma : son usine de production spatiale entièrement robotisée et pilotable à distance comme les modules de R&D. «Une mission sur la fabrication d’anticorps monoclonaux est revenue de l’espace il y a quelques jours. On est en train d’en exploiter les résultats qui devraient être à l’origine de la première usine spatiale d’anticorps monoclonaux d’ici 2028.»
La production d’une unité de production qui tient dans un carton de déménagement peut-elle répondre à une demande mondiale ? «Oui,» assure sans hésiter Paul Kamoun. «Avec une seule mission spatiale, on pourra produire l’équivalent de 1 à 2 kg d’ingrédients pharmaceutiques actifs, soit un million de doses !»
Autre intérêt de ces anticorps monoclonaux Made in Space, c’est qu’ils ont des propriétés impossibles à reproduire sur le plancher des vaches. «Ceux fabriqués sur Terre doivent être injectés en intraveineuse à l’hôpital, contrairement à ceux produits dans l’espace qui pourront l’être en sous-cutané à domicile.»
Le développement du New Space et l’arrivée de nouveaux lanceurs spatiaux comme la mini-navette Space Rider de l’ESA laissent présager une forte croissance de SpacePharma. «Notre plus gros business, c’est vraiment la production. On peut multiplier notre chiffre d’affaires de par mille au moins,» se satisfait le directeur de la filiale européenne. (Note de contexte : New Space : cette nouvelle génération d’acteurs comme Elon Musk ou Jeff Bezos qui bouscule l’économie spatiale mondiale en proposant des satellites ou lanceurs plus petits, moins coûteux, plus agiles.)






