Pas si bêtes les vaches… Comme nous le montre une récente étude publiée dans Current Biology(1), en s’appuyant notamment sur l'expérience de Veronika, une vache autrichienne qui a appris à utiliser une brosse pour se gratter. « Ce qui fascine les chercheurs, c’est la manière dont elle s’en sert, dépeint François Verheggen, professeur de zoologie à l'université de Liège, en Belgique. Elle attrape la brosse avec sa bouche, la cale entre ses dents et la manipule avec une précision remarquable. Mais le plus bluffant, poursuit-il, c'est qu'elle utilise les deux extrémités différemment. Le côté brosse pour frotter les zones à peau épaisse telle que la croupe et le dos. Et le côté manche, plus doux, pour les zones sensibles comme le pis. »
Ce comportement s’appelle l’utilisation d’un «outil multi-usage». Jusqu’ici, on ne l’avait documenté de façon systématique que chez les chimpanzés. Autre point à relever : Veronika anticipe aussi ses mouvements. « Elle réajuste sa prise avant de commencer à se gratter, selon la zone qu’elle veut atteindre. C’est de la planification. Et c’est tout aussi génial ! », précise François Verheggen dans son blog Science bestiale.
Pourquoi ce type de comportement ne s’observe-t-il pas plus souvent ? « Probablement parce que les vaches d’élevage vivent dans des environnements pauvres en objets manipulables. Quand on leur en donne l’occasion, certaines capacités insoupçonnées peuvent émerger. » Comme quoi, même en côtoyant ses animaux tous les jours et en pensant bien les connaître, ils peuvent encore nous surprendre par leurs facultés. Peut-être que la véritable absurdité est les de sous-estimer !
(1) Osuna-Mascaró, A. J., & Auersperg, A. M. I. (2026). Flexible use of a multi-purpose tool by a cow. Current Biology, 36(2), R44–R45.
Avis d’expert : Pauline Garcia, comportementaliste animalière
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« Une mise en lumière de l'intelligence des bovins »
« Trop souvent, les bovins sont perçus comme des créatures instinctives et dépourvues de réflexion. Pourtant, cette étude démontre leur capacité à résoudre des problèmes et à s’adapter à leur environnement. En intégrant ces connaissances dans les pratiques d’élevage quotidiennes, nous pouvons améliorer leur bien-être et leur qualité de vie. Il est essentiel de reconnaître que les animaux d’élevage possèdent des besoins cognitifs et émotionnels. En leur offrant des outils adaptés à leur comportement naturel, nous favorisons non seulement leur confort, mais aussi leur épanouissement. »




