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Artemis II, la máquina del tiempo

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Depuis le lancement de la fusée Artemis II le 1er avril, qui propulse vers la Lune quatre corps humains qui vont faire le tour de notre satellite et revenir – espérons sains et saufs – après dix jours, les médias et les commentateurs s’accordent pour s’exciter de cet événement comme s’il s’agissait d’une percée scientifique ou technologique (on ne sait trop) qu’il faudrait saluer avec enthousiasme. Et les Canadiens semblent même plus excités que les Américains, car l’un des leurs fera le tour de la Lune pour la première fois ! Le tout, bien sûr, grâce aux investissements américains dans la NASA.

Or, un minimum d’esprit critique exige de se poser la question suivante : quel est le sens de ce voyage de moins de deux semaines dans une petite cabine spatiale dont l’orbite suit tranquillement les lois de l’attraction terrestre ?

Les médias parlent d'»exploration spatiale», et même de «science», tout en restant vagues, car, en vérité, cette expédition n’a aucun sens sur le plan scientifique. La seule démonstration qui est faite est qu’il aura fallu plus de cent milliards de dollars pour retourner dans le passé et revivre le vol d’Apollo 8 lancé le 21 décembre 1968 et revenu juste après Noël, le 27 décembre. Sur le plan politique, la présence d’un Canadien dans cet équipage confirme d’ailleurs que les États-Unis considèrent bel et bien le Canada comme un 51e État et incluent ses citoyens dans la «diversité». Le vide scientifique (et même technologique) est ainsi comblé par des affirmations selon lesquelles cet aspect de la mission (présence d’une femme et d’un Noir) est «critique» !

Et comme le ridicule ne tue pas, le premier ministre Mark Carney affirme que la présence d’un Canadien confirme que le Canada est «un pays d’explorateurs», alors même que le sujet du roi Charles III n’explorera rien du tout…

Chose certaine, en centrant la communication publique sur les personnes qui, prend-on le temps de nous rappeler, «sont des humains», on fait vite oublier le fait que ce vol et ceux qui vont suivre ne servent en rien la science et n’ont qu’un sens politique : relancer la compétition absurde avec la Chine, qui, de son côté, veut montrer sa puissance et faire, avant 2030, ce que les Américains ont fait soixante ans plus tôt : faire alunir un Chinois qui, comme l’Américain Neil Armstrong en juillet 1969, plantera un drapeau. Au drapeau américain s’ajoutera alors sur la Lune celui du Parti communiste chinois. Quel grand progrès scientifique !

Pour faire croire au public qu’il y a de la science originale dans ce voyage vers la Lune, on évoque le futur (très hypothétique) quand des humains retourneront sur le sol lunaire pour mieux connaître sa géologie, chercher de l’eau et, qui sait, des «métaux rares». C’est oublier que des robots font déjà très bien ce travail à moindre coût et sans risque pour la vie de personnes humaines. Les scientifiques chinois ont d’ailleurs réussi l’exploit de faire alunir un robot sur la face cachée de la Lune en 2024, de lui faire ramasser des échantillons de sol et de les ramener sur terre au grand plaisir des scientifiques, qui peuvent maintenant les analyser en laboratoire et faire de la vraie science.

On nous dit aussi qu’une fois installée sur la Lune, une base permanente permettrait d’aller «explorer d’autres planètes». A part Mars, d’ailleurs peu accueillante pour les humains, on se demande bien quelle planète pourrait les accueillir. Et surtout, un peu de réflexion sur les énormes ressources matérielles et humaines nécessaires pour construire des rampes de lancement devrait suffire à faire comprendre même au néophyte que, pour aller sur Mars, il sera évidemment plus simple et moins coûteux de décoller de la Terre que de la Lune.

Alors même que l’on parle sans cesse d'»intelligence artificielle», on oublie que la véritable exploration spatiale à des fins scientifiques se fait, et se fera, avec des robots. On oublie aussi que, pendant que des milliards de dollars sont gaspillés pour retourner dans le passé – et exciter la fibre nationaliste de certains –, les gouvernements, aux prises avec des déficits structurels imposants, n’hésitent pas à couper dans les budgets des organismes réellement voués à la recherche scientifique.

Aux États-Unis, la mission Mars Return Sample, qui devait ramener sur terre les échantillons de sol martien prélevés par le robot mobile Perseverance, a été annulée par la NASA en janvier 2026, au grand dam des scientifiques. Quant au Canada, il vient de couper les budgets des organismes subventionnaires fédéraux de 3 %, et rien ne permet de croire qu’ils remonteront bientôt, étant donné le niveau très élevé du déficit fédéral.