Bien avant la célébrité, Loana faisait partie du paysage des nuits azuréennes, et notamment niçoises.
À la fin des années 1990, elle enchaîne les prestations comme gogo danseuse dans les boîtes de nuit, entre Nice et Cannes. C'est dans ce contexte que Stéphane Morjane, alors directeur artistique du Studio à Nice, la rencontre. « Elle tournait dans pas mal d'établissements. On se connaissait du milieu de la nuit, simplement. »
À l'époque, rien ne laisse encore présager le destin médiatique qui l'attend. Mais déjà , Loana ne passe pas inaperçue. « Elle avait une présence, une façon d'être… Et elle était toujours polie, respectueuse, souriante. Dans ce milieu-là , ça compte. »
En 2001, tout bascule avec le casting du Loft Story, organisé à Nice, à l'hôtel Beau Rivage. Stéphane Morjane est sollicité par Benoît Chaigneau, le casteur du Loft pour ABC Productions, pour aider à faire venir des candidats. « J'ai appelé des connaissances du milieu, dont Loana. Je lui ai dit de venir tenter sa chance. »

« Lors du casting du Loft à l'hôtel Beau Rivage, elle a éclipsé tous les autres candidats »
Le jour du casting, le souvenir est intact. « C'était le 22 mars 2001, un mois avant le début du Loft. Loana est arrivée à l'hôtel apprêtée, grande, avec des talons, une sorte de fourrure… Elle avait une allure, la classe. »
Très vite, elle capte l'attention des équipes de sélection. « Elle a fait un flash immédiat. Avec Benoît, on s'est regardés : c'était elle, c'était évident. »
Ce qui fait la différence ? « Elle était naturelle. Elle ne jouait pas un rôle. Elle répondait simplement, avec spontanéité. Elle correspondait parfaitement au profil recherché : une fille de la nuit, à l'aise, libre, sans tabou, mais jamais vulgaire. Rien à voir avec d'autres candidats parfois arrogants. »
« Une fille déjà fragile »
Derrière cette évidence, une autre réalité affleure pourtant. Et Stéphane Morjane l'a réalisé plus tard avec le recul. « C'était une fille gentille, vraiment. Mais dans le milieu de la nuit, on savait qu'elle était fragile, un peu paumée – elle n'avait plus la garde de sa fille – et elle était déjà sans doute victime d'addictions. Vous savez, travailler dans le milieu la nuit et être gogo danseuse à tout juste 18 ans, c'est compliqué… »
Une vulnérabilité qui, selon lui, rendra la suite plus difficile.
Le jour où Loana a provoqué une émeute sur la piétonne à Nice : « Elle a eu peur »
Après la diffusion de l'émission, la notoriété de Loana est fulgurante. Quelques jours seulement après sa sortie du Loft et le triomphe sur les Champs-Elysées, Stéphane Morjane la contacte pour lui proposer de venir faire une soirée à Nice, au Studio. « Elle me devait bien ça ! Et elle a accepté avec enthousiasme. On s'est alors retrouvé à Nice, c'était fin juillet 2001, place Magenta, pour évoquer ce projet de soirée. Elle était avec un garde du corps et sa maman. Et là , ça a été irréel. En quelques minutes, s'est amassée une foule immense, des centaines de personnes sur la piétonne. On n'en revenait pas. Même elle était abasourdie. »

Photo archives Nice Matin
La scène tourne rapidement à la cohue. « Il y avait des gens adorables, qui criaient son prénom, voulaient lui offrir des cadeaux, l'invitaient partout… et d'autres beaucoup plus violents. Certains lançaient des bouts de bois, des objets, insultaient », se souvient Stéphane Morjane. Entre fascination et rejet, la foule devient incontrôlable. « C'était 80 % de gens bienveillants, mais les autres ont suffi à créer un climat très tendu. Loana s'est alors réfugiée dans le magasin de vêtements Capuccino qu'elle connaissait bien rue Paradis. Et moi je suis allé chercher un copain agent de sécurité à Nicétoile pour nous aider à sortir indemne de cette cohue. »
Loana, elle, vacille face à cette violence soudaine. « Elle a eu peur. C'était sa première sortie ici à Nice après l'émission. » Ce moment marque une rupture. « À Nice, elle ne pouvait plus circuler normalement. » Le projet de soirée est alors abandonné, et la jeune femme se replie ailleurs, loin de cette pression : « Elle était plus tranquille à Saint-Tropez qu'à Nice. »
Avec le recul, Stéphane Morjane porte un regard lucide sur la suite. « Le show-business, c'est un monde de requins. Quand on est fragile, c'est difficile d'y résister. » Il évoque les dérives du milieu de la nuit et de la célébrité, où tout peut basculer rapidement.
Il recroisera Loana des années plus tard à Nice. « Elle était très fatiguée. Ce n'était plus la Loana que j'avais connue. » Une image qui contraste avec le souvenir lumineux de ses débuts de gogo danseuse au Studio.
Aujourd'hui, à l'annonce de sa disparition, c'est cette première image qu'il choisit de garder. « Elle était d'une gentillesse rare. » Il garde le souvenir intact d'une jeune femme « lumineuse », emportée par une trajectoire qui l'a dépassée.




