Comme chaque année, la revue musicale Les Inrocks organise son festival, du 10 au 14 mars 2026. Cette année, les festivités sont un peu particulières car elles coïncident avec les 40 ans de la revue. Pour l’occasion, Les Inrocks célèbrent 40 ans de création et de musique francophone avec un spectacle French Pop dirigé par le saxophoniste et producteur Adrien Soleiman.
RFI : Vous êtes le directeur artistique de la création French Pop au festival Inrocks cette année. Que représente le magazine pour vous ?
Adrien Soleiman : Pour moi, c’est des souvenirs de vacances où je me vois plutôt acheter Les Inrocks quand je devais prendre le train ou l’avion. Cela me servait un peu de lecture pour passer le temps. Ayant étudié la musique plutôt orientée vers le jazz, j’achetais plutôt, à l’époque, Jazz Mag ou Jazz News. Dans un second temps, j’ai été désigné «coup de cœur» des Inrocks Lab, un concours créé par le magazine en 2014. C’est ce qui a lancé ma carrière, puisque j’ai été, par la suite, signé en maison de disques. Donc, c’est plutôt ce souvenir-là que je conserve. Et Les Inrocks, c’est aussi une certaine idée de la musique.
Laquelle ?
Une musique assez pop, indépendante, travaillée, et qui a de l’âme, du flair. C’est difficile de définir l’aura des Inrocks, mais je parlerais plutôt d’une musique indé et de qualité.
Vous avez dit, lors d’interviews précédentes, que vous n’envisagiez pas la musique autrement que dans le partage, entre amis. Les invités de votre création semblent confirmer cette idée : Philippe Katerine, Juliette Armanet, Barbara Carlotti…
Effectivement, les trois quarts des invités étaient présents sur mon projet BelleJazzClub [deux albums, chez Naïve, NDLR]. Ce sont des amis de longue date, ainsi que mon frère. J’essaie toujours de prendre des personnes que j’estime, et avec qui je m’entends très bien. Dans ce genre de contexte, il faut pouvoir se parler, se dire les choses, être efficace. Ces gens me connaissent aussi, savent comment je travaille. Au-delà de ça, ce sont surtout d’excellents musiciens et musiciennes, avec une vraie personnalité. Lorsque nous avons répété avec Miossec, il m’a dit quelque chose qui m’a fait plaisir : «C’est bien, parce que ce n’est pas variétisant.» C’est vrai que, pour ce genre de création, avec un orchestre fixe pour accompagner des vedettes qui défilent, on pourrait être tenté de faire des arrangements les plus lisses possibles, pour mettre tout le monde dans une zone de confort. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la création, et je pense que c’est aussi pour ça qu’on m’a appelé.
Vous travaillez régulièrement avec les mêmes personnes, la même équipe. Comment faites-vous pour vous renouveler, ne pas avoir la sensation peut-être de tourner en rond ?
Tourner en rond, je ne me le dis pas, ce serait triste. Finalement, ce métier permet justement de ne jamais tourner en rond. C’est pour cela, je crois, qu’on fait tout ça. C’est pour éviter, esquiver la routine et vivre des choses, mine de rien, peut-être avec la même personne, mais à chaque fois différentes.
Certains invités de ce festival, je pense par exemple à Philippe Katerine ou Dominique A, représentent les tout débuts des Inrocks. Vous êtes venu une vingtaine d’années plus tard et aujourd’hui, une nouvelle génération de musiciens apparaît. Quel regard portez-vous sur l’état de la musique francophone aujourd’hui ?
Je pose un regard curieux. Je m’informe, je pense que ça fait partie du cœur et de devoir quand on est musicien, artiste, de toujours être au parfum au maximum. Prendre le temps d’écouter les nouveautés, de voir ce qui se fait. Quel que soit le style, ça nous nourrit, ça nous fait grandir, ça nous apprend plein de choses, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Pour moi, la nouvelle scène, elle est super. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait de baisse de régime. Au contraire, j’ai l’impression que c’est de plus en plus créatif, indépendant, fier. Je crois que c’est la bonne direction.






