Ces films retravaillent des images d’archives tournées en Palestine entre les années 1930 et 1990. Pourquoi est-il important aujourd’hui de redonner à voir ces images et de continuer à faire exister un festival comme SARD ?
A.P. Dans ces images, ce n’est pas tant de montrer ces images, en particulier celles de la Cinémathèque de Bretagne, que la réappropriation qu’en font les étudiantes et étudiants palestiniens. Ce sont des images tournées par des touristes, la plupart français, de paysages qui n’existent plus, ou d’endroits où les Palestiniennes et Palestiniens ne peuvent pas aller. Par exemple, à Jaffa ou à Jérusalem : les étudiantes et étudiants, en l’occurrence, ne peuvent pas s’y rendre.
Il s’agit donc de se réapproprier ces récits à partir d’images tournées par des touristes. Et ça permet de faire un pont continuel avec ce qui se passe aujourd’hui en terme de cinéma palestinien. Il y a un vrai besoin, depuis quelques années, de la part des cinéastes palestiniens, de récupérer et retravailler les images d’archives tournées dans leur pays, un peu partout dans le monde, pour créer une continuité. C’est important pour nous que de nouvelles générations de cinéastes palestiniennes et Palestiniens puissent les utiliser pour leurs propres travaux.
La deuxième partie de la soirée montre des films militants palestiniens produits par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine). Ces films ont longtemps été considérés comme perdus avant d’être retrouvés grâce au travail de la cinéaste et chercheuse Khadijeh Habashneh. Que représente cette redécouverte pour l’histoire du cinéma palestinien et pour la transmission de cette mémoire ?
A.P. En effet, Khadijeh Habashneh, chercheuse et cinéaste, a mené pendant une quarantaine d’années un travail de recherche pour retrouver ces films. L’OLP avait créé une unité de cinéma, d’abord à Amman, puis à Beyrouth. En 1982, lors de l’invasion du Liban par Israël, beaucoup d’archives ont été pillées, détruites ou confisquées. Mais certains films avaient été envoyés dans des festivals à travers le monde. Il y a donc eu un long travail de recherche pour les retrouver pendant une quarantaine d’années. Ils ont ensuite été numérisés grâce à l’aide de l’Institut français de Jérusalem, à la Cinémathèque de Toulouse. Aujourd’hui, ils appartiennent au Ministère palestinien de la Culture, mais en l’absence de cinémathèque en Palestine, ils restent conservés à Toulouse.
Certains cinéastes travaillent sur les archives, comme Mohanad Yaqubi, qui fait un gros travail de combler les trous dans l’histoire du cinéma palestinien et de recréer une continuité, à la fois historique et cinématographique. La période des années 70-80 est assez charnière sur la production de films. Le cinéma y était vu comme un outil politique. Ce sont des objets particuliers : l’OLP, notamment le Fatah [en arabe al-Fatah ou al-Fath («la conquête»), Mouvement de libération nationale de la Palestine, NDLR], avait cette pensée d’utiliser le cinéma pour montrer leur combat à travers le monde.
Aujourd’hui, cela permet de combler un vide, mais aussi de ne pas réduire le cinéma palestinien aux fictions qui sont liées à la Palestine. Montrer qu’il y a autre chose qui existe, de récupérer une mémoire, des images de cette période historique, liée à l’évolution politique dans ces années-là, où le Fatah et l’OLP étaient très importants et le côté militant aussi. Cela évite aussi une forme de fantasme : pendant longtemps, ces films étaient étudiés par des chercheurs, mais pas visibles. Les rendre accessibles permet enfin de relier les recherches aux images.
Cette soirée est organisée en partenariat avec le centre des langues et le BDE d’arabe de l’Université Rennes 2. Pourquoi était-il important pour vous d’impliquer l’université dans cette soirée ?
A.P. On travaille avec Muriel Le Bloa et quelques étudiantes, même si aujourd’hui, elles ne le sont plus toutes, c’était leur point commun au départ. C’est très important que ce lien autour de l’université persiste, c’est historique. Il y a beaucoup de personnes très investies à Rennes 2, des étudiantes et étudiants, des collectifs. Et sur le cinéma palestinien, ça permet aussi de décaler un peu le regard et de le recentrer sur le cinéma. J’espère que beaucoup d’étudiantes et étudiants seront présents le mardi 24 mars à 18h et 20h au Tambour pour découvrir ces films !





