À deux pas de la réception, la barrière automatique tout juste réparée reprend du service. Les premiers vacanciers se sont installés pour le week-end de Pâques, sous les pins du camping de Kergo, à Ploemel (56), à mi-chemin entre Auray et le port de La Trinité-sur-Mer. Un début de saison tout en douceur pour les campings bretons dont l’activité ne cesse de progresser, rappelle Nicolas Dayot, le président de la fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA) : « En 2025, en Bretagne, les campings ont enregistré 14,5 millions de nuitées, alors qu’il y a 15 ans, on n’en faisait que 8 millions. »
Cette année, compte tenu du calendrier des vacances de Pâques, il faudra attendre encore quelques jours et le début des vacances des Bretons pour un véritable redémarrage. La date choisie par le camping de Mané Guernehu, installé près du golfe du Morbihan à Baden, pour ouvrir ses portes aux premiers vacanciers.
Vingt-cinq années de croissance
« Le week-end prochain, on attend une centaine d’arrivées, soit près de 500 personnes », confie Jean-Marie Madec. Avec ses deux frères, il représente la troisième génération à la tête de ce camping cinq étoiles. Parc aquatique XXL, restaurant, bar, épicerie et même centre équestre : ses installations témoignent de la montée en gamme du camping à laquelle n’échappe pas la Bretagne. La PME d’une quinzaine de permanents fera travailler près de 100 personnes au plus fort de la saison.
Pour Nicolas Dayot, la recette du succès, « c’est que, depuis 25 ans, on a gardé notre clientèle – majoritairement populaire et issue des classes moyennes – et rajouté une clientèle attirée par des logements tout confort. » Une clientèle nouvelle synonyme d’investissements mais aussi d’un recul, d’année en année, du nombre d’emplacements nus destinés aux tentes et caravanes, au profit des mobil-homes.
La tente ou la caravane comme compromis
Premier mode d’hébergement collectif en Bretagne, les campings bénéficieront-ils d’un repli des touristes sur la France, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient ? Au printemps, la réservation de dernière minute est souvent la règle. Et, pour l’été, « on est encore dans une situation d’attentisme pour ceux qui avaient prévu de partir à l’étranger », estime le président de la fédération de l’hôtellerie de plein air. Traduction dans les campings : les réservations sont globalement à un niveau habituel.
Mais, d’ores et déjà, le budget des vacances s’annonce plus réduit. Plébiscité depuis la sortie du covid pour des vacances au calme et au vert, le camping trois étoiles de Ploemel, prix du développement durable 2025 de la FNHPA, enregistre une hausse inhabituelle des réservations pour le mois de juillet. « Peut-être aussi parce que c’est moins cher », analyse, avec prudence, Audrey Étourneau. Elle est à la tête, avec son mari Fabrice, de l’établissement au cadre bucolique qui fait la part belle au camping traditionnel et aux cabanes.
Depuis deux ans, la profession constate une inversion de tendance : les demandes pour des logements de moyenne gamme augmentent comme celles pour les emplacements pour tentes ou caravanes. Y compris auprès de la clientèle du cinq étoiles de Baden. « C’est la tendance, sans doute parce qu’il y a de moins en moins d’offres et que c’est moins cher. Mais il y a aussi une recherche d’authenticité tout en bénéficiant du confort des équipements d’un cinq étoiles », analyse Jean-Marie Madec.
Une clientèle régionale en attendant l’été
L’autre conséquence de la baisse de la marge de manœuvre financière des ménages, c’est la réduction de la durée des séjours. Dans ces conditions, mai 2026, avec ses ponts à répétition, s’annonce comme un bon mois. Notamment pour la clientèle régionale quand le prix des carburants explose, « parce qu’il n’y a pas moins cher que de partir en vacances à Fouesnant (29) quand on habite à Guingamp (22) », illustre Nicolas Dayot.
Des vacanciers du Grand-Ouest attendus de pied ferme par les équipes du camping de Mané Guernehu, occupés aux derniers préparatifs de réouverture. La clientèle étrangère, quant à elle, n’est pas véritablement attendue avant le mois de juin. En la matière, la Bretagne progresse, favorisée par la montée en gamme de ses équipements. L’été prochain encore, près de la moitié des clients des campings viendront d’Allemagne, de Grande-Bretagne, de Belgique ou encore des Pays-Bas.





