Le 16 mars à minuit une minute, le gasoil bondissait de 2 dirhams à la pompe au Maroc. L’essence suivait à 1,44 dirham. Trois semaines après la fermeture du détroit d’Hormuz, la facture du conflit irano-américain atteignait directement les stations-service d’un pays qui ne produit quasiment rien de ce qu’il brûle. Ce n’est pas une surprise. C’est une confirmation. En mars, une étude du magazine spécialisé Energy World passait au crible 75 économies mondiales selon leur exposition à une crise énergétique. Le Maroc y obtenait 74,6 points sur 100, quatrième mondial, derrière Singapour, le Turkménistan et Hong Kong. 90,1 % de son mix énergétique repose sur les combustibles fossiles. La production domestique couvre 6 % de la demande. Les 94 % restants viennent de l’étranger, et 95 % des importations de gaz naturel transitent par des routes dont le principal verrou, le détroit d’Ormuz, est sorti des marchés en trois jours à compter du 28 février. «Le Maroc ne produisant ni pétrole ni gaz, il reste exposé aux chocs externes. Ces derniers affectent d’abord le pouvoir d’achat des ménages, puis la compétitivité des entreprises à travers la hausse des coûts de production», résume l’économiste Khalid Achiban. La facture énergétique nationale se situe entre 12 et 15 milliards de dollars par an, rappelle de son côté Mostapha Labrak, spécialiste des hydrocarbures. Une somme qui grossit mécaniquement depuis que le Brent dépasse 116 dollars le baril, soit 20 % de plus qu’au soir du 28 février. Ce qui aggrave la position marocaine, c’est que la crise ne frappe pas seulement à la pompe. Premier producteur mondial de phosphates via le groupe OCP, le Royaume dépend du soufre pour produire l’acide phosphorique, étape fondamentale dans la transformation du phosphate brut en engrais commercialisables, et 44 % des exportations mondiales de soufre transitent par le détroit d’Hormuz. Énergie et agriculture : la double vulnérabilité du Maghreb face à la crise d’Hormuz se lit avec une acuité particulière au Maroc. Le pays dispose de réserves de diesel pour 51 jours, d’essence pour 55 jours, et d’approvisionnements en charbon et gaz sécurisés jusqu’à fin juin. Achiban ne s’en satisfait pas pour autant, estimant que ces stocks absorbent un choc court sans constituer de filet face à une perturbation qui s’installe. Le défi, précise-t-il, ne réside pas seulement dans la source d’importation, mais aussi dans le coût du transport, de l’assurance et des délais de livraison, le marché mondial réévaluant à la hausse les risques géopolitiques. Pour Abdelrahmi Bessaha, ancien consultant du FMI, «la simple perception d’un risque de perturbation dans l’un de ces corridors peut provoquer une hausse immédiate des prix de l’énergie et une réévaluation des risques sur les marchés financiers». Le Maroc n’en est plus au stade de la perception. Sur les marchés, l’OPEP+ a acté une nouvelle hausse de 206 000 barils par jour pour mai, reproduisant à l’identique le geste de mars, largement lu comme un signal politique. Les routes de contournement d’Hormuz restent saturées et ne couvrent qu’un tiers des flux habituels. Les stocks marocains, eux, tournent.






