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Gustavo de Arístegui: Análisis geopolítico del 10 de marzo.

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  1. Brève introduction
  2. Uranium iranien de qualité nucléaire militaire : l’AIEA confirme l’arsenal à Ispahan
  3. Le pétrole cède depuis 120 dollars : Trump annonce une désescalade, le Pasdaran (CGRI) menace de fermer le passage du pétrole régional
  4. L’OTAN intercepte pour la deuxième fois un missile iranien au-dessus de la Turquie : l’article 4 guette
  5. Trump lève partiellement les sanctions pétrolières contre la Russie : un pari risqué
  6. La stratégie de résistance du CGRI : l’Iran mise sur l’épuisement et la perturbation énergétique
  7. Von der Leyen exige que l’Europe se réveille
  8. Rack média
  9. Commentaire éditorial

Brève introduction

Le onzième jour de l’opération Epic Fury présente un tableau contradictoire, mais avec des signes indéniables d’un conflit qui commence à montrer les premiers signes d’épuisement mutuel, même si le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) refuse, avec une détermination fanatique, de le reconnaître. Les déclarations du président Donald Trump dans la station balnéaire de Doral, en Floride — dans lesquelles, avec une imprécision tactique remarquable, il a annoncé simultanément que la guerre atteignait ses principaux objectifs et qu’elle ne se terminerait pas cette semaine — ont provoqué un ralentissement temporaire des marchés énergétiques qui pourrait toutefois s’avérer plus fragile que substantiel si le détroit d’Ormuz ne retrouve pas sa fonctionnalité opérationnelle dans les prochains jours.

La journée du mardi 10 mars 2026 enregistre six vecteurs analytiques de première importance : la chute du prix du Brent de près de 120 dollars à moins de 90 dollars le baril, avec toutefois une forte volatilité ; la deuxième interception d’un missile balistique iranien dans l’espace aérien turc par les systèmes de défense de l’OTAN, ce qui augmente le risque d’une invocation de l’article 4 du Traité de Washington ; la confirmation par le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, que les réserves d’uranium enrichi à un degré proche de celui utilisé pour la fabrication d’armes se trouvent principalement à Ispahan — avec, selon Clarín, des indices de 600 kilogrammes enrichis à plus de 70 % et des traces de matière fissile à 83,7 % ; la décision de l’administration Trump de lever partiellement les sanctions pétrolières contre la Russie, une manÅ“uvre qui suscite des inquiétudes justifiées à Washington et dans les capitales européennes ; la croissance spectaculaire de 21,8 % des exportations chinoises au cours des deux premiers mois de 2026, qui fait du sommet Trump-Xi imminent un rendez-vous à très forte charge géoéconomique ; et la stratégie de résistance prolongée du CGRI — désormais sous l’autorité du nouveau guide suprême Mojtaba Jamenei —, qui mise sur la perturbation énergétique comme levier pour affaiblir militairement Washington et Tel-Aviv.

Uranium iranien de qualité nucléaire militaire : l’AIEA confirme l’arsenal à Ispahan

Faits :

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, a confirmé publiquement que la majeure partie de l’uranium iranien enrichi à un niveau proche de celui requis pour la fabrication d’armes nucléaires — c’est-à-dire supérieur à 60 % — est concentrée dans les installations d’Ispahan. La source n’est pas un cabinet d’analyse privé ni une publication à orientation idéologique, mais la plus haute instance internationale de surveillance nucléaire : la source ne peut être plus directe. Le quotidien argentin Clarín, citant des sources proches de l’AIEA, va plus loin et indique l’existence d’indices de jusqu’à 600 kilogrammes de matière enrichie à plus de 70 %, ainsi que des traces de matières fissiles enrichies à 83,7 % — seuil situé à moins d’un degré et demi des 90 % requis pour la fabrication d’un engin nucléaire de type implosion — comme nous l’avons déjà signalé à plusieurs reprises dans ces rapports. L’usine d’enrichissement d’Ispahan abrite également des installations souterraines qui, selon des analyses des services de renseignement antérieures au début des opérations militaires, avaient été partiellement renforcées (« hardened », c’est-à-dire protégées contre les attaques conventionnelles) pour résister aux bombardements.

Implications :

La confirmation de Grossi met définitivement en évidence le caractère absolument fallacieux des thèses de ceux qui, en Europe et dans les secteurs les plus radicaux de la gauche américaine, y compris les représentants du groupe dit « Squad » (l’Escouade), dirigé par Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez — soutenaient que le programme nucléaire iranien ne représentait pas une menace réelle ou imminente et que l’opération Epic Fury n’avait aucune justification stratégique et était donc illégale selon ce secteur radical. Le fait que l’Iran ait accumulé 83,7 % de matières fissiles — un pourcentage qui n’a de sens que dans le cadre d’un programme visant à fabriquer des armes nucléaires — rend sans objet le débat sur les intentions déclarées du régime de Téhéran : les faits parlent d’eux-mêmes avec une éloquence qu’aucune rhétorique ne peut atténuer. Ispahan est également la ville où se concentrent les principaux actifs de l’industrie aérospatiale et « missilique » iranienne, ce qui en fait l’une des cibles les plus sensibles du conflit en cours.

Cette information prend une dimension supplémentaire si l’on considère que le CGRI – qui, depuis l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei le 28 février, contrôle de facto l’appareil sécuritaire et la prise de décisions stratégiques – aurait eu un accès direct à ces réserves. La succession de Mojtaba Khamenei en tant que nouveau guide suprême, ratifiée le 8 mars, n’a pas modifié la chaîne de commandement effective : c’est le CGRI qui dirige la guerre et qui détient la clé de l’arsenal atomique en devenir.

Perspectives et scénarios :

Scénario A (le plus probable à court terme) : les attaques israéliennes et américaines contre les installations d’Ispahan se poursuivent avec pour priorité déclarée de détruire ou de rendre inutilisables les dépôts de matières enrichies, dans le cadre d’une opération que les analystes militaires comparent, en raison de sa complexité technique, aux attaques précédentes contre les usines de Fordow et de Natanz. La fenêtre opérationnelle pour une action efficace est étroite : le transfert ou la dispersion du matériel fissile vers des emplacements souterrains plus profonds réduirait considérablement les chances de succès.

Scénario B : le matériel fissile à 83,7 % a déjà été partiellement transféré ou dispersé dans des emplacements non identifiés, ce qui ferait du conflit actuel le prélude à une menace nucléaire différée d’une portée imprévisible. Ce scénario, qui ne peut être écarté, constituerait le plus grand échec possible des services de renseignement.

Gustavo de Arístegui: Análisis geopolítico del 10 de marzo.
Pierre d’uranium – REUTERS/ MARIANA BAZO

Le pétrole cède depuis 120 dollars : Trump annonce une désescalade, le Pasdaran (CGRI) menace de fermer le passage du pétrole régional

Faits :

Les marchés énergétiques internationaux ont enregistré au cours des dernières 24 heures une baisse significative du prix du pétrole brut, le Brent — référence internationale — se situant sous la barre des 90 dollars le baril pendant les premières heures de la journée asiatique, après avoir atteint près de 120 dollars lundi dernier. Cette correction fait suite aux déclarations du président Trump à Doral, dans lesquelles il a affirmé que l’opération atteignait ses principaux objectifs, que les attaques iraniennes montraient des signes d’essoufflement , tant en raison de l’impact des attaques israéliennes et américaines sur les lanceurs de missiles et les drones que de l’accord conclu entre la Chine et l’Iran pour permettre le passage des pétroliers à destination du géant asiatique, et qu’il envisageait la possibilité que la marine américaine escorte les pétroliers à travers le détroit d’Ormuz. Les marchés boursiers asiatiques ont réagi positivement : la Bourse sud-coréenne a rebondi de plus de 5 % et le Nikkei japonais a regagné 3 %, inversant partiellement les chutes brutales de lundi.

Cependant, le CGRI n’a pas tardé à démentir, avec son intransigeance habituelle, tout signe de flexibilité : le porte-parole des Gardiens de la révolution a déclaré que seul le CGRI déterminerait « la fin de la guerre » et a averti qu’il ne permettrait pas l’exportation « d’un seul litre de pétrole » de la région tant que les attaques se poursuivraient. Des milliers d’Iraniens ont manifesté leur soutien au nouveau guide suprême Mojtaba Jamenei alors que les bombardements américains et israéliens se poursuivaient. Sur le plan diplomatique, l’accord entre la Chine et le régime des ayatollahs visant à garantir le transit des pétroliers vers les ports chinois a été confirmé, une initiative qui illustre parfaitement la stratégie de Pékin consistant à tirer parti, sur le plan géopolitique et commercial, du chaos généré par le conflit sans s’impliquer militairement dans celui-ci.

Implications :

L’extrême volatilité du prix du pétrole brut — qui a fluctué de plus de 50 % en moins de deux semaines, passant d’environ 78 dollars avant le conflit à un pic de 119,50 dollars — représente une perturbation systémique pour l’économie mondiale dont les conséquences sont difficilement mesurables en temps réel. La fermeture effective du détroit d’Ormuz a entraîné des réductions de production en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Koweït et en Irak — dont la production des trois principaux gisements du sud a chuté de 70 %, passant de 4,3 millions de barils par jour à seulement 1,3 million —, provoquant la plus grande perturbation de l’approvisionnement énergétique de l’histoire selon le cabinet de conseil Rapidan Energy. Si le détroit reste fermé pendant quatre mois, le Brent pourrait atteindre 135 dollars le baril selon Rystad Energy, avec des effets inflationnistes dévastateurs sur les économies occidentales.

L’accord sino-iranien sur le transit des pétroliers est, en termes stratégiques, un coup de maître diplomatique de Pékin qui mérite une analyse approfondie : la Chine s’assure son approvisionnement énergétique, renforce son interdépendance économique avec l’Iran et, plus important encore, montre aux pays producteurs du Golfe qu’elle peut agir comme un interlocuteur alternatif à Washington en cas de crise. Cette interprétation n’échappe pas à Trump, qui a manifesté son intention de rencontrer Xi Jinping fin mars. Pendant ce temps, les tentatives de médiation de certains pays du Golfe se poursuivent dans le plus grand secret.

Perspectives et scénarios :

Le rétablissement d’un trafic normal dans le détroit d’Ormuz — qui, en temps de paix, transporte environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole et environ 30 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial — dépend en fin de compte de la capacité militaire des États-Unis à neutraliser définitivement les systèmes de missiles antinavires et les capacités navales du CGRI. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a déclaré que le trafic reviendrait à la normale « en quelques semaines, et non en quelques mois », tout en reconnaissant qu’aujourd’hui, le passage est « loin d’être normal ». Les pays du G7 ont convenu, lors d’une réunion virtuelle des ministres des Finances, d’être « prêts à prendre les mesures nécessaires », y compris la libération des réserves stratégiques de pétrole, bien que la France, qui préside le groupe, ait indiqué qu’« on n’en était pas encore là ».

Una vista muestra un manómetro cerca de los gatos de la bomba de petróleo en las afueras de Almetyevsk, en la República de Tartaristán, Rusia, el 14 de julio de 2025 - PHOTO/REUTERS
Une vue montre un manomètre près des vérins de la pompe à pétrole à la périphérie d’Almetyevsk, dans la République du Tatarstan, en Russie, le 14 juillet 2025 – PHOTO/REUTERS

L’OTAN intercepte pour la deuxième fois un missile iranien au-dessus de la Turquie : l’article 4 guette

Faits :

L’OTAN a intercepté, pour la deuxième fois en moins de cinq jours, un missile balistique lancé depuis le territoire iranien qui a pénétré dans l’espace aérien turc, membre à part entière de l’Alliance atlantique. Le projectile a été neutralisé lundi 9 mars par les systèmes de défense antimissile de l’OTAN déployés en Méditerranée orientale, des fragments de la fusée ayant impacté des champs inhabités de la province de Gaziantep, à environ 93 miles de la base aérienne d’Incirlik , où sont stationnés des centaines de militaires américains et où l’on pense généralement que les États-Unis stockent des armes nucléaires. La porte-parole de l’OTAN, Allison Hart, a déclaré que « l’Alliance reste déterminée à défendre tous ses alliés contre toute menace ». La Turquie a de nouveau convoqué l’ambassadeur iranien à Ankara et a averti Téhéran qu’elle « n’était pas disposée à tolérer des mesures extrêmement inappropriées et provocatrices ». Les présidents Erdogan et Pezeshkian se sont entretenus par téléphone, le président iranien proposant de créer une commission d’enquête conjointe pour clarifier les faits, une proposition que la diplomatie turque a accueillie avec peu de conviction. Par mesure de précaution, Ankara a déployé six chasseurs F-16 à Chypre-Nord quelques jours après qu’un drone de fabrication iranienne — probablement lancé par le Hezbollah — ait frappé la base britannique d’Akrotiri.

Implications :

La double interception de missiles iraniens sur le sol turc élève le conflit à un nouveau niveau de risque stratégique : pour la première fois depuis le début de l’opération Tempête épique le 28 février, les tirs iraniens ont violé l’espace aérien d’un membre de l’OTAN à deux reprises consécutives, ce qui met sur la table, avec une urgence qui ne peut plus être ignorée, la possibilité d’invoquer l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord, qui permet à tout membre de demander des consultations formelles s’il estime que son intégrité territoriale ou sa sécurité est menacée. La proximité des impacts avec la base d’Incirlik, qui abrite des armes nucléaires américaines dans le cadre des accords d’échange nucléaire de l’OTAN, introduit une variable que les planificateurs militaires de l’Alliance ne peuvent ignorer : un missile iranien frappant Incirlik dans un contexte de guerre active constituerait le scénario le plus grave depuis la crise des missiles de Cuba en 1962 — et la comparaison n’est pas exagérée. Le fait que les débris du drone qui a frappé Akrotiri contenaient des composants de fabrication russe — comme l’a rapporté le Times le 7 mars — ajoute une couche supplémentaire d’inquiétude quant à l’étendue de la collaboration russo-iranienne pendant le conflit.

Perspectives et scénarios :

La Turquie se trouve dans une position géopolitique extrêmement délicate : alliée de l’OTAN avec la deuxième armée la plus importante de l’Alliance, elle entretient en même temps des relations économiques et diplomatiques avec l’Iran et a déclaré qu’elle ne permettrait pas l’utilisation de ses bases pour des opérations offensives contre le régime des ayatollahs. Ankara n’a pas invoqué l’article 4 et, pour l’instant, ne semble pas disposée à le faire — en partie parce que cela impliquerait une implication formelle dans un conflit qu’elle a jusqu’à présent géré avec l’ambiguïté calculée d’Erdogan. Toutefois, une troisième interception de missiles iraniens, surtout si elle fait des victimes turques ou cause des dommages matériels importants, pourrait changer la donne en quelques heures. L’OTAN, pour sa part, a souligné qu’elle n’était « pas partie au conflit » — selon les termes du colonel Martin O’Donnell, porte-parole du Commandement suprême allié en Europe —, mais l’interception répétée de missiles sur le territoire allié rend cette déclaration, au fil des jours, de plus en plus difficile à soutenir sur le plan opérationnel.

<p>Un misil de ataque terrestre Tomahawk (TLAM) es lanzado desde el crucero de misiles guiados USS Cape St. George - REUTERS/US Navy/Especialista en inteligencia de primera clase Kenneth Moll</p>
Un missile d’attaque terrestre Tomahawk (TLAM) est lancé depuis le croiseur lance-missiles USS Cape St. George – REUTERS/US Navy/Spécialiste en renseignement de première classe Kenneth Moll

Trump lève partiellement les sanctions pétrolières contre la Russie : un pari risqué

Faits :

L’administration Trump a pris une mesure stratégique lourde de conséquences en annonçant la levée partielle des sanctions pétrolières contre la Russie comme mesure d’urgence pour contenir la hausse des prix du pétrole brut provoquée par la fermeture effective du détroit d’Ormuz. Le département du Trésor a délivré une licence générale (« general license ») qui facilite l’acquisition de pétrole russe par certains pays, à commencer par l’Inde — qui bénéficie d’une dérogation de 30 jours —, dans le but exprès de compenser le déficit d’approvisionnement généré par la perturbation iranienne. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a déclaré ouvertement qu’il était possible de « libérer » les centaines de millions de barils de pétrole russe saisis qui se trouvent en transit en haute mer, ce qui permettrait d’injecter des approvisionnements supplémentaires sur le marché mondial. Trump, pour sa part, a ajouté qu’il s’entretiendrait avec le président Poutine au sujet du conflit avec l’Iran et de la guerre en Ukraine, qualifiant la conversation de « très bonne ».

La réaction du Congrès ne s’est pas fait attendre : un groupe de sénateurs démocrates mené par Chuck Schumer, Jack Reed et Sheldon Whitehouse — ainsi qu’Elizabeth Warren, Jeanne Shaheen et d’autres — a publié une déclaration commune qualifiant cette décision de « particulièrement irritante » à un moment où des informations crédibles indiquent que la Russie fournit à l’Iran des renseignements sur la position des forces américaines au Moyen-Orient. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a minimisé ces informations en affirmant que la coopération russo-iranienne ne « faisait aucune différence » sur le plan militaire.

Implications :

La décision de lever, même partiellement et temporairement, les sanctions pétrolières contre la Russie en pleine guerre iranienne comporte une contradiction stratégique de premier ordre qu’aucune analyse rigoureuse ne peut ignorer : alors que les États-Unis et leurs alliés combattent militairement le principal axe de déstabilisation régionale soutenu par Moscou et Téhéran — et alors qu’il existe des preuves que les services de renseignement russes ont fourni aux Iraniens des informations opérationnelles sur les positions militaires américaines —, Washington libère des revenus pétroliers pour le Kremlin qui financeront directement sa campagne d’agression continue en Ukraine. Le paradoxe est d’une ampleur sans précédent dans l’histoire de la politique étrangère américaine contemporaine : en termes de cohérence stratégique, cela revient à financer, même indirectement, l’adversaire qui facilite la résistance de l’ennemi que l’on combat. La sénatrice démocrate Warren a dénoncé le fait que cette licence générale viole la loi « Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act » (loi sur les sanctions contre les adversaires de l’Amérique), qui exige une notification au Congrès 30 jours avant tout assouplissement des sanctions.

Perspectives et scénarios :

La décision de Trump ne peut être interprétée uniquement sous l’angle énergétique : à l’horizon se profilent le sommet avec Xi Jinping, prévu pour fin mars, et les négociations informelles avec Poutine sur l’Ukraine, pour lesquelles le président américain utilise le levier des sanctions comme monnaie d’échange. Le risque, cependant, est que cette double tactique — faire pression militairement sur l’Iran tout en assouplissant le régime de sanctions contre son sponsor russe — soit interprétée à Moscou comme un signe de faiblesse ou de division interne au sein de la coalition occidentale. Les marchés, du moins de manière transitoire, ont interprété ce signal comme une réduction du risque, le Brent tombant à 88 dollars depuis son pic récent ; mais la stabilité de cette correction dépend entièrement du rétablissement du fonctionnement du détroit d’Ormuz et de la capacité de l’OTAN à éviter une nouvelle escalade avec la Turquie.

Periódicos diarios con portadas, dedicadas a la reciente llamada telefónica del presidente ruso Vladimir Putin y el presidente estadounidense Donald Trump, se colocan en un quiosco en una calle de Moscú, Rusia, el 13 de febrero de 2025 - REUTERS/MAXIM SHEMETOV
Des journaux quotidiens avec des couvertures consacrées à la récente conversation téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et le président américain Donald Trump sont exposés dans un kiosque dans une rue de Moscou, en Russie, le 13 février 2025 – REUTERS/MAXIM SHEMETOV

La Chine enregistre une hausse de 21,8 % de ses exportations : un atout formidable avant le sommet Trump-Xi

Faits :

Les autorités statistiques chinoises ont publié les données du commerce extérieur pour les deux premiers mois de 2026 — la Chine combine janvier et février pour neutraliser l’effet statistique du Nouvel An lunaire —, qui montrent une croissance des exportations de 21,8 % en glissement annuel. Ce chiffre contraste de manière frappante avec les 6,6 % enregistrés en décembre 2025 et intervient dans un contexte d’escalade tarifaire entre Washington et Pékin, ce qui constitue une réfutation empirique de ceux qui affirmaient que les tarifs trumpiens produisaient déjà un effet contractionniste significatif sur le commerce extérieur chinois. L’excédent commercial chinois — qui, selon toutes les indications, aura augmenté de manière parallèle — représente une irritation géoéconomique de premier ordre à un moment particulièrement délicat pour les relations bilatérales : Trump prévoit de se rendre en Chine à la fin du mois de mars pour un sommet qui, au vu des données publiées, débutera avec une asymétrie encore plus prononcée dans les négociations.

Implications :

La croissance de 21,8 % des exportations chinoises dans une période de forte tension tarifaire peut s’expliquer par plusieurs facteurs qui ne s’excluent pas mutuellement : l’anticipation des exportations par les entreprises chinoises avant l’entrée en vigueur de nouvelles séries de droits de douane — ce que les Anglo-Saxons appellent le « front-loading », c’est-à-dire l’anticipation des expéditions — ; la diversification des destinations vers les marchés du Sud ; et, dans une moindre mesure, l’impact indirect du conflit iranien, qui a fait de la Chine le seul importateur à conserver un accès garanti au pétrole du Golfe grâce à l’accord bilatéral avec Téhéran. Pékin arrive au sommet avec Trump dans une position de relative force : avec une économie exportatrice en expansion, un approvisionnement énergétique assuré — au moins temporairement — et une rhétorique de « neutralité active » qui lui a valu une reconnaissance implicite dans de nombreuses capitales du Sud. Trump, quant à lui, arrive avec des prix de l’essence à des niveaux historiques pour son second mandat et avec le spectre des élections de mi-mandat de novembre qui plane sur chaque décision stratégique.

Perspectives et scénarios :

Le sommet Trump-Xi de fin mars s’annonce comme la rencontre bilatérale la plus chargée sur le plan géopolitique et géoéconomique depuis la pandémie. Seront à l’ordre du jour : la politique tarifaire — Trump a suggéré qu’il pourrait assouplir les droits de douane en échange de concessions commerciales, ce qui constituerait un renversement classique de son manuel de négociation — ; le détroit d’Ormuz et le rôle de la Chine dans la pression diplomatique exercée sur Téhéran pour sa réouverture ; Taïwan — dont la situation devient paradoxalement plus stable pendant le conflit iranien, étant donné que Washington ne peut se permettre un deuxième front — ; et les données sur les exportations, qui devraient provoquer une réaction violente de Trump sur le déficit commercial bilatéral. La position de Trump est encore compliquée par le fait que, comme il l’a lui-même souligné avec une certaine fierté géopolitique, il maintient le détroit ouvert « également pour la Chine » — selon ses propres termes, c’est un « honneur » de le faire —, ce qui fait de Pékin le bénéficiaire direct de l’effort militaire américain sans aucun coût stratégique pour le géant asiatique.

El programa lunar de Xi Jinping progresa con pasos firmes y metódicos, con la intención de que un par de astronautas chinos ponga sus pies sobre la Luna en 2030 o antes. En imagen, el presidente en el Kremlin en mayo del año en curso - PHOTO/Kremlin
Le programme lunaire de Xi Jinping progresse à pas fermes et méthodiques, avec pour objectif d’envoyer deux astronautes chinois sur la Lune d’ici 2030. Sur la photo, le président au Kremlin en mai dernier – PHOTO/Kremlin

La stratégie de résistance du CGRI : l’Iran mise sur l’épuisement et la perturbation énergétique

Faits :

Selon les analystes de Reuters et d’autres sources primaires, le Corps des gardiens de la révolution islamique a adopté une stratégie de résistance prolongée reposant sur deux piliers : la perturbation continue du trafic énergétique dans le détroit d’Ormuz et une tactique de dosage des missiles et des drones conçue pour prolonger le conflit dans le temps, plutôt que d’épuiser l’arsenal iranien dans un échange de tirs intense et bref. Le pari du CGRI repose sur un postulat géopolitique qui n’est pas dépourvu de logique interne — même s’il s’avère profondément erroné dans son calibrage stratégique — : la pression sur les prix du pétrole, combinée à l’usure politique interne aux États-Unis résultant de la hausse des prix de l’essence à la veille des élections de mi-mandat de novembre, finira par éroder la volonté politique de Washington de poursuivre les opérations. Depuis le début du conflit, le 28 février, l’Iran a lancé plus de 500 missiles balistiques et navals et près de 2 000 drones, dont 40 % contre des cibles israéliennes et 60 % contre des actifs militaires américains dans la région. Cependant, le Corps lui-même admet implicitement que le rythme des lancements a considérablement diminué depuis le 4 mars, date à partir de laquelle les analystes signalent une combinaison d’épuisement des stocks et de rationalisation de l’arsenal en vue d’une guerre longue.

Implications :

La stratégie du CGRI est intellectuellement cohérente du point de vue d’un acteur non étatique ou sous-étatique qui a correctement interprété les limites politiques des démocraties occidentales, comme l’ont déjà fait, avec un succès relatif, les insurgés irakiens ou les talibans afghans. Cependant, elle commet une erreur de calcul fondamentale : le conflit actuel n’oppose pas une coalition affaiblie et politiquement divisée comme en Irak ou en Afghanistan, mais une administration Trump qui a fait de la démonstration de force sa marque de fabrique et qui dispose, avec le programme nucléaire iranien, d’un casus belli suffisamment légitime sur le plan stratégique pour soutenir l’opération dans le temps. Le CGRI sous-estime également l’effet cumulatif des plus de 3 000 cibles détruites par le CENTCOM (le Commandement central des États-Unis), qui comprennent des installations nucléaires, des complexes balistiques, des quartiers généraux et des capacités navales. La perte de l’IRIS Dena — frégate iranienne coulée dans l’océan Indien par le sous-marin USS Charlotte, à environ 40 milles marins du Sri Lanka — et de plusieurs commandants militaires du CGRI dans les premiers jours du conflit a entraîné une détérioration structurelle de la capacité de commandement et de contrôle du régime qu’aucune rhétorique révolutionnaire ne pourra inverser à court terme.

Perspectives et scénarios :

L’hypothèse de travail la plus solide, au vu des données disponibles, est que le CGRI n’a pas la capacité de maintenir sa stratégie de résistance pendant plus de quatre à six semaines supplémentaires sans épuiser ses réserves de missiles de haute précision et sans subir une détérioration irréversible de son infrastructure industrielle de défense. La pression populaire interne — les manifestations du début de l’année 2026 ont été réprimées avec brutalité, mais n’ont pas été éliminées — représente une variable d’instabilité supplémentaire que l’« oligarchie djihadiste » du régime iranien ne peut contrôler indéfiniment. La nomination de Mojtaba Jamenei, qui ne jouit d’aucune autorité religieuse reconnue — il n’est pas un marjaa (autorité doctrinale) de premier rang dans le chiisme iranien —, comme nouveau guide suprême ajoute une dimension de fragilité à la structure de légitimité du régime qui pourrait, dans certains scénarios, accélérer les processus de fracture interne.

Esta foto proporcionada por la fuerza terrestre de la Guardia Revolucionaria el lunes 17 de octubre de 2022 muestra sistemas de misiles en una maniobra en el noroeste de Irán - PHOTO/ Fuerza terrestre de la Guardia Revolucionaria de Irán vía AP
Cette photo fournie par la force terrestre du Corps des gardiens de la révolution islamique le lundi 17 octobre 2022 montre des systèmes de missiles lors d’un exercice dans le nord-ouest de l’Iran – PHOTO/ Force terrestre du Corps des gardiens de la révolution islamique via AP

Von der Leyen exige que l’Europe se réveille

Faits :

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé lundi 9 mars un discours d’une dureté remarquable devant les ambassadeurs de l’Union européenne réunis à Bruxelles, dans lequel elle a lancé un appel sans équivoque à l’Europe pour qu’elle abandonne le doux rêve — dans des termes qui rappellent inévitablement Ortega y Gasset — d’un ordre mondial qui « a disparu et ne reviendra pas ». Von der Leyen a été explicite dans son diagnostic : « L’Europe ne peut continuer à être la gardienne d’un ancien ordre mondial pour un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas », ajoutant que le Vieux Continent doit se doter d’une réelle capacité d’autodéfense au lieu de continuer à dépendre de garanties externes qui ne peuvent plus être considérées comme acquises. La présidente a également remis en question la viabilité du système de consensus à l’unanimité dans les décisions de politique étrangère de l’UE, en faisant référence, sans besoin de plus de précisions, aux deux principaux perturbateurs du consensus européen : le Premier ministre hongrois Viktor Orbán et le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez.

Orbán, que von der Leyen affrontait déjà pour son veto chronique à l’aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine — bloquée cette fois-ci par un différend sur un oléoduc transportant du pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie —, a de nouveau pris part à un mouvement de collaboration avec Moscou en envoyant une lettre officielle à la présidente de la Commission exigeant la levée « immédiate et complète » de toutes les sanctions européennes contre le secteur énergétique russe, invoquant l’impact de la crise du détroit d’Ormuz sur les prix du pétrole en Hongrie. De son côté, Sánchez a été mentionné — tant dans les commentaires privés de diplomates européens recueillis par Politico que dans les déclarations publiques de responsables communautaires — comme le deuxième grand perturbateur du consensus atlantique-européen, précisément en raison du refus espagnol d’utiliser les bases de Rota et Morón. La haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, alignée sur von der Leyen, a quant à elle averti qu’« une escalade supplémentaire de la guerre pourrait menacer l’Europe et au-delà, avec des conséquences imprévisibles », appelant à des mesures concrètes de défense collective.

Implications :

Le discours de von der Leyen devant les ambassadeurs communautaires est, en termes de contenu substantiel, le plus important prononcé par un haut responsable européen depuis le début de l’opération Tempête épique. La présidente de la Commission a identifié, avec une clarté que ses prédécesseurs n’ont jamais eu le courage de montrer, le problème structurel qui paralyse l’action extérieure de l’UE : la règle de l’unanimité fait de toute décision de politique étrangère l’otage du veto d’un seul État membre, qu’il s’agisse d’Orbán agissant comme un instrument de la politique du Kremlin ou de Sánchez cherchant à tirer un profit électoraliste de gauche. La proposition de passer à la majorité qualifiée en matière de politique étrangère est, constitutionnellement, une révolution de première importance qui nécessiterait une modification des traités ; mais sa simple annonce publique par la présidente de la Commission indique une direction qui, si la crise iranienne se prolonge, pourrait accélérer les choses de manière imprévue.

L’association de Sánchez et Orbán dans le même diagnostic de responsabilité de la fracture du consensus européen constitue un opprobre diplomatique de première importance pour l’Espagne : le fait que le gouvernement d’un pays fondateur de la démocratie libérale représentative, membre à part entière de l’OTAN et l’un des quatre grands de l’Union européenne, apparaisse dans le même ensemble analytique que le leader le plus ouvertement pro-Poutine de l’UE est un préjudice à la réputation dont les conséquences s’étendront bien au-delà du conflit iranien. Ni l’Allemagne, qui a autorisé l’utilisation de ses bases, ni la France, qui a autorisé les siennes pour des opérations « défensives » selon BFMTV, n’ont été mentionnées dans ce contexte. L’Espagne l’a été. La différence entre être en désaccord avec la politique d’une alliance et devenir son perturbateur structurel est celle qui sépare la souveraineté légitime de l’irresponsabilité historique.

Perspectives et scénarios :

Le scénario le plus probable à court terme est que la pression exercée par von der Leyen et Kallas sur les États membres intensifie le débat sur la réforme du système de prise de décision en matière de politique étrangère, sans que cela se traduise par des changements constitutionnels immédiats, étant donné que toute modification des traités nécessite l’unanimité des États mêmes que l’on cherche à discipliner. Cependant, le discours a une valeur politique en soi : il établit un cadre narratif dans lequel les vetos systématiques d’Orbán et les positions de Sánchez seront désormais interprétés, dans les capitales européennes et devant l’opinion publique continentale, comme des actes d’obstruction délibérée de la capacité d’action de l’Europe. Pour l’Espagne, le coût se fait déjà sentir : une source diplomatique européenne a déclaré à Politico que la position de Madrid « isole l’Espagne de ses partenaires les plus proches » à un moment où le pays avait besoin exactement du contraire. Le pari de Sánchez sur le rendement domestique à court terme — reproduisant le manuel de Zapatero de 2004 — pourrait s’avérer beaucoup plus coûteux en termes d’influence européenne et atlantique que ne le suggérait le calcul électoral immédiat.

La presidenta de la Comisión Europea, Ursula von der Leyen - REUTERS/ STEPHANIE LECOCQ
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen – REUTERS/ STEPHANIE LECOCQ

Les grands médias internationaux continuent d’offrir des couvertures très différenciées du conflit, reflétant leurs lignes éditoriales, leurs alignements politiques et leurs lectures géopolitiques sous-jacentes.

Médias anglo-saxons

Le Wall Street Journal et le Financial Times s’accordent à souligner le risque systémique que représente le conflit énergétique pour l’économie mondiale, avec des analyses centrées sur l’impact de la hausse du prix du pétrole sur l’inflation américaine et les marchés obligataires. Le WSJ est particulièrement critique à l’égard de la décision de lever les sanctions russes, qu’il qualifie de « moral hazard » (risque moral) géopolitique aux conséquences imprévisibles. Dans son analyse hebdomadaire, The Economist consacre un long reportage au dilemme de Trump : gagner la guerre en Iran tout en perdant la bataille du pétrole chez lui. Le Times de Londres et The Telegraph maintiennent une position de soutien critique à l’opération, remettant en question sa gestion, mais pas sa légitimité de principe ; tous deux accordent une attention particulière aux tensions avec l’Espagne au sujet des bases de Rota et Morón. The Guardian, avec sa cohérence éditoriale habituelle de gauche libérale, adopte une position nettement sceptique quant aux objectifs déclarés de l’opération et consacre une large place aux rapports de Human Rights Watch sur l’utilisation de phosphore blanc par Israël dans les zones résidentielles du sud du Liban.

CNN assure une couverture continue du conflit avec un déploiement notable de correspondants dans la région ; son approche est, comme d’habitude, plus descriptive qu’analytique. Fox News met l’accent sur la déclaration du secrétaire Hegseth selon laquelle « nous mettons les autres en danger, c’est notre travail » et sur les critiques à l’égard de l’attitude « timorée » des alliés européens qui ont restreint l’utilisation de leurs bases. Le Washington Post consacre plusieurs analyses à l’impact électoral du conflit sur les républicains à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. USA Today se concentre sur le coût de l’essence pour le citoyen américain moyen.

Médias français et européens continentaux

Le Monde et Libération adoptent des positions très critiques à l’égard de l’opération Tempête épique, conformément à la position officielle française qui condamne ces attaques comme « contraires au droit international ». Le Figaro, cependant, adopte une position plus nuancée, reconnaissant la menace nucléaire iranienne comme réelle, tout en remettant en question le caractère unilatéral de l’action. BFM TV et LCI offrent une couverture continue en mettant l’accent sur l’impact pour les citoyens français dans la région et sur les pressions sur le prix de l’énergie en France. La FAZ et Die Welt, porte-parole de l’establishment conservateur allemand, reflètent la position inconfortable du chancelier Merz, qui a autorisé l’utilisation des bases allemandes pour l’effort américain, mais a préféré garder le silence face aux menaces de Trump à l’Espagne. Die Zeit présente une analyse plus réfléchie du coût pour la cohésion européenne de la fracture entre Madrid et Washington. Le Corriere della Sera consacre une double page à l’analyse du rôle de l’Italie en tant que puissance médiatrice et aux implications du conflit pour les flux migratoires en Méditerranée.

Médias du Moyen-Orient

Al Jazeera maintient, conformément à son orientation habituelle, une couverture critique des opérations américaines et israéliennes, en mettant particulièrement l’accent sur les pertes civiles iraniennes et les violations du droit international humanitaire. Ses reportages sur la succession de Mojtaba Jamenei sont particulièrement détaillés. Al Arabiya et Asharq Al Awsat, médias d’orientation saoudienne, reflètent la profonde inquiétude de Riyad face au conflit : l’Arabie saoudite est à la fois l’alliée de Washington, la cible potentielle du CGRI (qui a déjà lancé des missiles sur le territoire saoudien) et la bénéficiaire à long terme de tout affaiblissement structurel du régime iranien. The Jerusalem Post et Israel Hayom couvrent le conflit en apportant un soutien éditorial clair aux opérations de l’armée israélienne, tout en soulignant le coût croissant pour les citoyens israéliens (13 morts et plus de 1 900 blessés dans des attaques iraniennes depuis le début du conflit). Haaretz, avec son indépendance éditoriale habituelle, maintient une position plus critique à l’égard du gouvernement Netanyahu, soulignant le risque d’avoir déclenché un conflit sans stratégie de sortie clairement définie.

Médias russes et chinois

Russia Today et TASS présentent le conflit comme un acte d’agression impérialiste occidentale déstabilisant l’ordre international, soulignant la condamnation du pape François et de nombreux dirigeants du Sud. Les deux médias soulignent avec une satisfaction évidente les tensions entre l’Espagne et les États-Unis, présentant Sánchez comme le seul dirigeant européen doté d’une « intégrité morale » — une manipulation propagandiste qui ne doit pas être confondue avec une analyse objective. Le South China Morning Post et le China Daily offrent une lecture favorable aux intérêts de Pékin : tous deux soulignent l’accord sino-iranien sur le transit des pétroliers comme un succès de la diplomatie chinoise et présentent Xi comme le seul dirigeant mondial ayant une réelle capacité de médiation. Le Yomiuri Shimbun et les médias japonais reflètent la grave préoccupation de Tokyo quant à l’impact énergétique du conflit sur une économie qui dépend fortement des importations de pétrole du Golfe.

Médias ibéro-américains

Clarín de Buenos Aires se distingue comme la source qui recueille les données les plus détaillées sur l’enrichissement de l’uranium iranien à 83,7 %, citant des sources proches de l’AIEA — une information qui confirme que la rigueur informative n’est pas l’apanage des grands médias anglo-saxons. La Razón et El Debate de Madrid offrent une couverture de premier ordre sur les implications de la crise des bases pour l’Espagne, avec une approche critique de la gestion du gouvernement Sánchez-Albares, partagée par d’autres médias de centre-droit espagnols et européens. El Mercurio du Chili et Reforma du Mexique observent le conflit avec l’inquiétude des économies exportatrices de matières premières qui, dans un contexte de forte volatilité énergétique, sont exposées à des chocs externes difficiles à gérer.

Onze jours après le début de l’opération Tempête épique — et dix jours après l’assassinat de l’ayatollah Ali Khamenei lors des bombardements israéliens et américains sur Téhéran —, le tableau stratégique qui se dessine est celui d’une victoire militaire partielle accompagnée d’une gestion politique pleine d’incohérences qui, si elles ne sont pas corrigées de toute urgence, pourraient transformer un succès tactique incontestable en un marécage stratégique dont Washington mettra des années à sortir. Analysons la situation avec le recul que le moment exige et avec la clarté que notre ligne éditoriale a toujours revendiquée.

Du côté des acquis de l’opération, les données sont objectivement significatives : plus de 3 000 cibles détruites ; l’élimination physique du principal représentant du terrorisme d’État à l’échelle mondiale ; l’impact sévère sur l’arsenal balistique iranien — dont les réserves de missiles de haute précision montrent des signes évidents d’épuisement — ; la confirmation par l’AIEA d’un programme nucléaire qui était littéralement à deux doigts de produire du matériel fissile à des fins militaires ; et le signal sans équivoque envoyé à tous les acteurs de ce qu’on appelle « l’axe de la résistance » — le Hezbollah, le Hamas, les Houthis yéménites, les milices chiites irakiennes — que le parapluie du CGRI n’est pas invulnérable. Personne ne peut affirmer, en toute honnêteté intellectuelle, que la menace iranienne était une fiction construite par des néoconservateurs bellicistes : les 600 kilogrammes d’uranium enrichi à plus de 70 % et les traces de matière à 83,7 % dans les installations d’Ispahan sont la meilleure réponse possible à ceux qui, de Bernie Sanders à Ilhan Omar, en passant par les différentes factions de la gauche radicale européenne, niaient l’existence de ce programme ou le minimisaient en le qualifiant de provocation israélo-américaine.

Il comporte toutefois des erreurs de gestion dont la gravité ne peut être sous-estimée. La décision de lever les sanctions pétrolières contre la Russie – alors que des informations indiquent que Moscou fournit des renseignements opérationnels à Téhéran sur les positions militaires américaines – n’est pas seulement une erreur de cohérence stratégique : c’est un signe de faiblesse que Poutine interprétera très certainement comme une invitation à augmenter le prix de sa « neutralité ». Le président Trump ne peut pas prétendre à la fois démanteler l’oligarchie djihadiste iranienne et compenser son sponsor russe par des revenus pétroliers supplémentaires : les contradictions de cette position finiront par éroder la crédibilité d’une administration qui a fait de la détermination sa marque diplomatique la plus précieuse.

La crise avec l’Espagne mérite une réflexion à part, car ses implications vont au-delà de l’épisode lui-même. L’attitude du gouvernement Sánchez-Albares — qui a refusé l’utilisation des bases de Rota et Morón pour des opérations militaires, dans une décision que le Parti populaire a critiquée à juste titre comme un abandon des obligations alliées de l’Espagne — représente le point le plus bas de la politique étrangère espagnole depuis le retrait des troupes d’Irak en 2004, également orchestrée par un président socialiste en quête de gains électoraux nationaux. Le fait que des milliers de manifestants à Barcelone brandissent des photos de Sánchez aux côtés du portrait de l’ayatollah assassiné ne devrait être une source de fierté pour aucun démocrate européen. La différence entre s’opposer à une guerre et se faire photographier avec l’iconographie d’un régime qui a exécuté des dizaines de milliers de citoyens pour avoir réclamé la liberté est précisément celle qui sépare une position de principe d’une démonstration calculée de démagogie populiste. L’Espagne a le droit de ne pas être d’accord avec ses alliés – elle l’a déjà fait à d’autres occasions avec beaucoup de dignité –, mais la manière dont Sánchez a géré ce désaccord a nui à la crédibilité de notre pays auprès de ses alliés atlantiques et a placé l’Espagne dans le rôle inconfortable d’outil de propagande pour Russia Today et pour les secteurs les plus anti-occidentaux de l’espace arabe.

Cela dit, il serait injuste de ne pas souligner que l’opération américaine présente également, du point de vue du droit international et de la gestion humanitaire, des aspects qui méritent une critique rigoureuse : les pertes civiles iraniennes, les dommages causés au Grand Bazar de Téhéran et au palais du Golestan, ainsi que les rapports de Human Rights Watch sur l’utilisation de phosphore blanc dans le sud du Liban exigent une réponse transparente de la part des autorités militaires israéliennes et américaines. La différence, cependant, entre ces critiques légitimes et la position de ceux qui assimilent la démocratie israélienne au régime du CGRI est la différence entre l’analyse et la propagande — et ce fossé ne permet pas de prendre confortablement ses distances.

Quant au nouveau guide suprême Mojtaba Jamenei, l’oligarchie révolutionnaire a commis, en le désignant, une erreur politique aux proportions historiques. Dans le chiisme iranien, l’autorité du guide suprême — le Rahbar — découle de sa reconnaissance en tant que Marjaa, capacité à établir une doctrine et un précédent en tant que source d’émulation religieuse. Mojtaba ne l’est pas. Sa désignation par le CGRI représente la conversion du Velayat-e Faqih — le gouvernement du jurisconsulte islamique, concept créé par l’ayatollah Khomeini en 1979 — en une monarchie dynastique aux racines idéologiques radicales, ce qui contredit les fondements doctrinaux de la révolution elle-même et ouvrira, au sein du clergé et de la société iranienne, des fractures que le régime ne pourra pas gérer indéfiniment par la force.

La guerre continue. Le CGRI conserve encore une grande capacité offensive. Le détroit d’Ormuz reste fonctionnellement fermé. Mais l’orientation stratégique du conflit, au-delà des fluctuations quotidiennes, laisse entrevoir un affaiblissement structurel et irréversible de l’un des régimes les plus brutaux, les plus sanguinaires, les plus exportateurs de terrorisme et les plus déstabilisateurs que le monde ait connus au cours des cinq dernières décennies. Cela, malgré toutes les imperfections et les risques liés à sa mise en Å“uvre, n’est pas une mince affaire.