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Cuando la nueva geopolítica de visas reorganiza la movilidad estudiantil

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Partir à l’étranger pour terminer ses études ou améliorer son CV apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus en dehors de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : «Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie.»

Avec des coûts de visas parfois exorbitants (2 000 dollars en Australie) et des conditions d’entrée de plus en plus contrôlées – le Canada va accorder 7 % de permis d’études en moins en 2026 -, certains pays affichent leur volonté de réduire le nombre d’étudiants étrangers sur leur sol. En 2024, d’après le Times Higher Education, 41 % des établissements d’enseignement supérieur américains, anglais et canadiens ont constaté une baisse des inscriptions dans leurs campus.

Cette contraction n’est pas sans effet. «Elle inverse les dynamiques dans plusieurs zones», observe Alexandre Pourchet, directeur général adjoint Programmes et International à NEOMA. Et crée un appel d’air dans d’autres régions qui, elles, multiplient les politiques volontaristes.

L’Asie se fait une place de choix En pole position : l’Asie. Face à une natalité en berne, certains pays cherchent à entretenir leur soft power et leur influence sur l’échiquier mondial en faisant venir de nouveaux talents. Le Japon a ainsi assoupli ses procédures de visas en 2025, comptant réduire 400 000 étrangers d’ici à 2033. Avec son programme «Study Korea 300K», incluant une réduction des exigences financières pour obtenir un visa étudiant – le seuil est passé de 26 millions à 16 millions de won, soit de 15 000 à 9 000 euros par an -, la Corée du Sud a pour sa part accueilli 305 000 jeunes en 2025. Objectif : les inciter à séjourner dans des villes où la population baisse et où les universités manquent d’inscriptions.

Des écoles qui font les démarches administratives Plus au Sud, en Thaïlande, en Malaisie ou en Indonésie, la concurrence est tout aussi active. «Ces pays mettent en place des politiques d’attractivité, avec des procédures entièrement digitalisées, un accompagnement par les universités d’accueil et des délais de traitement relativement courts», note Iona Bolboaca, responsable des relations internationales à l’Ipsa, une école d’ingénieurs aéronautique. En Malaisie, par exemple, grâce au programme «Education Malaysia Global Services», créé par le ministère de l’Enseignement supérieur, les universités se chargent de faire directement la demande de visas auprès du département de l’immigration. Cette simplification a porté ses fruits. Entre 2022 et 2025, le pays a enregistré une augmentation de plus de 75 % des demandes de permis étudiants. Sur la même période, le nombre de Français en études sur place a presque doublé, passant de 588 à 839.

L’Argentine se hisse à la douzième place des pays les plus accueillants L’Amérique du Sud devient également une destination prisée pour la simplicité de ses formalités et la montée en gamme de ses cursus universitaires, dont plusieurs ont intégré le classement de Shanghai. Ainsi, au Mexique qui abrite l’une des meilleures universités en sciences vétérinaires au monde (la National Autonomous University of Mexico), les Français n’ont pas de demande de visas à effectuer si leur séjour est inférieur à 180 jours. En Argentine, désireuse de devenir LE hub de la recherche scientifique du continent sud-américain, le gouvernement a créé une plateforme «Campus Globale» regroupant tous les services liés à l’obtention d’un visa d’études et de bourses internationales. D’après le dernier classement de Campus France («La mobilité étudiante dans le monde»), avec 137 000 entrants, l’Argentine s’est hissée à la 12e place des pays les plus accueillants en nombre, devançant la Corée du Sud et la Malaisie. Une progression qui montre que les politiques d’influence des États rebattent les cartes des échanges universitaires. Et ce n’est probablement pas fini. Le conflit au Moyen-Orient pourrait accentuer davantage les «repolarisations».