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"Je veux être la voix des femmes de mon pays"… Shiva Nariman, kickboxeuse iranienne en exil, combat pour le titre mondial et pour les droits des Iraniens

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"Je veux être la voix des femmes de mon pays"… Shiva Nariman, kickboxeuse iranienne en exil, combat pour le titre mondial et pour les droits des Iraniens

Shiva Nariman va combattre pour le titre mondial ISKA (International Sport Kickboxing Association), jeudi 30 avril à Paris. (Hortense Leblanc)

La kickboxeuse iranienne est à l’affiche d’un combat du championnat du monde qui se tient à Paris, jeudi, contre la Française Jeanne Huron.

Elle n’a que 24 ans mais se donne déjà la lourde responsabilité de porter la voix des femmes iraniennes. Shiva Nariman, kickboxeuse, a fui l’Iran en 2023 pour pouvoir pratiquer son sport librement, avec un coach masculin et sans voile. Après trois ans passés en Turquie et une arrivée clandestine en Europe, elle vit désormais en Grèce où elle a obtenu le statut de réfugiée. Elle est à l’affiche du championnat du monde de kickboxing, qui a lieu à Paris jeudi 30 avril, et qui est retransmis sur la chaîne numérique de France TV Sport.

Franceinfo:sport : Vous vivez aujourd'hui en Europe, pourquoi avez-vous fui l'Iran ?

Shiva Nariman : La boxe pour les femmes est interdite en Iran. Donc j'ai commencé à faire du kickboxing parce que ça, je pouvais le faire. Mais par contre on n'avait aucun soutien et j'avais besoin d'un bon coach. Donc je suis allée voir un homme pour me coacher, et ça, c'est interdit en Iran. On ne peut pas avoir de coach homme. Tout était trop compliqué, c'est pour ça que je me suis enfuie, parce que j'ai de grands objectifs pour ma carrière sportive. 

On avait aussi des problèmes dans la famille, mon père posait beaucoup de problèmes à ma mère et à ma petite sœur. Donc on s'est décidé à fuir toutes les trois. On voulait rallier la Turquie, puisqu'on peut y venir depuis l'Iran sans visa. Mais au moment de sortir de l'aéroport, on a appris que ma mère était interdite de sortie d'Iran par mon père, c'est la loi iranienne. Donc elle nous a rejointes, ma sœur et moi, illégalement, à pied, onze jours plus tard. On a attendu neuf mois en Turquie, c'était compliqué de trouver des passeurs pour rejoindre l'Europe, on nous arnaquait, on n'avait plus d'argent, on a eu des soucis avec la police.

Shiva Nariman (à droite), lors de la pesée avant son combat contre la Française Jeanne Huron (à gauche), mercredi 29 avril à Paris. (Hortense Leblanc)

Shiva Nariman (à droite), lors de la pesée avant son combat contre la Française Jeanne Huron (à gauche), mercredi 29 avril à Paris. (Hortense Leblanc)

Shiva Nariman (à droite), lors de la pesée avant son combat contre la Française Jeanne Huron (à gauche), mercredi 29 avril à Paris. (Hortense Leblanc)

Puis ma mère et ma sœur devaient absolument partir parce que mon père allait envoyer des gens pour les chercher en Turquie. Donc on a essayé de trouver de l'argent pour qu'elles puissent partir en Europe. Je suis restée en Turquie avec mon coach et trois ans après, on a pu partir avec un bateau, vers la Grèce. 

Aujourd'hui, vous combattez avec la nationalité iranienne, mais vous utilisez un drapeau différent du drapeau du régime actuel… 

Je suis une Iranienne, donc je combats pour mon peuple. Je ne m'intéresse pas à la politique en tant que telle. Quand je combats, je pense aussi aux droits des femmes. Je veux être la voix des femmes, notamment celles de mon pays. C'est vraiment par amour de mon peuple que je le fais.

Quand vous voyez ce qu'il se passe actuellement en Iran, que ressentez-vous en tant qu'Iranienne réfugiée ? 

C’est vraiment difficile de supporter tout ça de loin. Quand je vois combien le peuple iranien souffre, quand je vois toutes leurs peurs, leurs inquiétudes… Et le pire, c’est que de toute façon, je ne peux rien y faire. La seule chose que je peux faire, c’est de faire mes combats et de penser à eux, à elles. Je le fais pour elles. J'ai toujours rêvé d'avoir assez d'argent pour avoir une belle vie et aider toutes ces femmes dont la vie ressemble à la mienne ou à celle de ma mère en souffrance. 

En portant cette voix des femmes à l'étranger, avez-vous reçu des menaces ? 

Quand j'étais en Turquie, j'ai reçu beaucoup de menaces, parce que je suis la première femme iranienne à avoir remporté le premier prix en Coupe du monde. A l'époque, je combattais sous les couleurs de la Turquie, donc j'ai reçu beaucoup de menaces pour cela. Et aussi parce que j'étais sans voile, je n'étais pas couverte. Je sais que je ne pourrai plus rentrer en Iran de toute façon. On m'a traité de traître à la nation, il va falloir que je trace ma vie ailleurs. 

Aujourd'hui, quels sont vos rêves en tant qu'athlète et en tant que femme ? 

Mes objectifs sont toujours sportifs, j'ai envie d'être la numéro 1 dans mon sport, après toutes les difficultés que j'ai connues dans ma vie. Et en tant que femme, je rêve simplement d'un monde en paix.