Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?
« J’avais envie de transmettre un message à toutes les personnes atteintes de la maladie de Crohn. Un message d’encouragement, montrant qu’il ne faut pas abandonner même si c’est difficile. On peut mener une belle vie, même avec cette pathologie. »
Le titre de votre ouvrage est «Outsider». Pourquoi ce choix ?
« J’ai choisi ce titre car je n’ai jamais été sous les projecteurs, jamais en première ligne. Pourtant, j’ai réussi à créer mon propre chemin dans le monde du tennis et à avoir une belle carrière. Le mot «outsider» revenait souvent dans le tennis. Et face à la maladie, quand le médecin m’a annoncé que je devais arrêter le tennis, j’ai adopté une attitude d’outsider contre la maladie. Ce mot résonne fortement pour moi. »
Même après trois bonnes années sur le circuit, un titre l’année dernière à Hong Kong, avez-vous toujours cette impression ?
« De moins en moins sur le plan tennistique, c’est vrai. Mais en ce qui concerne ma maladie, chaque matin en me réveillant, c’est un peu elle qui dicte ma journée. Donc je reste toujours un peu outsider par rapport à ma maladie. »
Avez-vous une journée type ? Qu’est-ce que vous ne pouvez pas faire par rapport à vos collègues sur le circuit ATP ?
« Justement, il n’y a pas de journée type. À chaque réveil, je ne sais pas à quoi m’attendre. Je ne sais pas si je pourrais m’entraîner à fond. »
La maladie de Crohn est une inflammation chronique de la muqueuse intestinale. Quels en sont les symptômes ?
« Ils peuvent être différents pour chaque personne. Pour moi, c’est principalement les pauses toilettes lors d’activités physiques. Le stress de mon métier de joueur de tennis professionnel entraîne beaucoup de pauses, ce qui n’aide pas. Ensuite, j’ai du mal à m’hydrater. Parfois, des moments de fatigue apparaissent. Le matin, je suis souvent très fatigué et je me demande pourquoi. J’ai mis du temps à comprendre que ce sont des symptômes de la maladie. »
J’imagine que vous connaissez extrêmement bien votre corps ?
« Oui, je connais parfaitement mon corps. Je sais quand je peux pousser et quand je dois arrêter. Parfois, je sais quand je ne me sens pas bien mais qu’il ne faut pas trop s’affoler. Je sais quand être prudent. »
Comment s’est passée cet apprentissage ?
« C’est venu avec le temps. Comme dans ma carrière tennistique, j’ai appris à gérer ma maladie au fil des ans. Maintenant, je connais parfaitement mon corps et ma maladie. »
Est-ce qu’il y a un médecin, une personne ressource qui vous a particulièrement aidé ?
« Non, j’ai plutôt cherché des avis à droite et à gauche. Je n’ai jamais vraiment rencontré de sportifs de haut niveau atteints de cette maladie. C’est vraiment une vie à part. »
Que vous disent les médecins que vous croisez aujourd’hui ?
« Maintenant qu’ils ont vu qu’on peut réussir une carrière de sportif de haut niveau avec la maladie de Crohn, ils ne disent plus que c’est impossible. C’est plus facile pour eux de dire que c’est possible, contrairement au premier médecin que j’ai vu. »
Comment envisagez-vous Roland-Garros cette année ?
« Comme chaque Roland-Garros, je prévois de donner le meilleur de moi-même. Prendre match par match, essayer d’aller le plus loin possible et en profiter. »
Votre livre est également un premier pas pour vous engager davantage dans la lutte contre la maladie de Crohn ?
« J’ai déjà donné ma première conférence devant une cinquantaine de personnes à Hong-Kong. Pendant Roland-Garros, je prévois d’autres conférences. J’essaie de transmettre ce message autant que possible. »
Le soutien de vos proches a-t-il beaucoup compté ?
« Le soutien de mes proches a été très important dans ma carrière et je les en remercie. J’ai pu retourner chez mes parents il y a deux mois, lorsque j’étais blessé au mollet. »
Note: Alexandre Müller, Outsider, Mon combat invisible contre la maladie, aux éditions Alisio et en librairie depuis le 6 mai 2026.





