Il y a un an, Loïs Boisson sortait de l’anonymat du circuit secondaire, pour jaillir telle une météorite à Roland-Garros. À Paris, la Dijonnaise de 22 ans, invitée par les organisateurs, se fait remarquer par ses victoires, sa technique de terrienne et son physique athlétique. À la clé : une place en demi-finale, perdue face à la future gagnante Coco Gauff, un statut de joueuse invitée avec le plus beau parcours dans l’histoire du Grand Chelem parisien, et un bond au classement spectaculaire en passant du 361e rang au 65e.
Après avoir vaincu au premier tour la Belge Elise Mertens, 24e mondiale, puis l’Américaine et numéro 3 à la WTA Jessica Pegula ou encore la Russe (6e), Mirra Andreeva, malgré sa défaite contre l’Américaine Coco Gauff, la Française avait lancé une dynamique. Mais ensuite ?
Un premier titre WTA en carrière, à Hambourg (WTA 250), sur terre battue, semblait poursuivre la belle période. Mais sa mise sur orbite n’aura pas duré. Le 29 septembre 2025, Loïs Boisson, blessée à l’avant-bras droit, est contrainte à l’abandon lors du troisième tour du WTA 1000 de Pékin. Une blessure qui l’oblige à une longue pause de sept mois, loin des courts.
Dans un entretien accordé mi-avril au journal L’Equipe, la numéro un française explique avoir été victime d’un «décollement de l’aponévrose, le syndrome du croisement», précédé d’une «erreur de diagnostic» et d’une «erreur de gestion qui a un peu aggravé la chose», ce qui a prolongé son absence. «Forcément, je sais que les choses ne vont pas être aussi simples», glissait-elle avant sa reprise à Madrid.
«Je n’ai pas joué pendant énormément de mois [trois mois exactement]. Il faut que je retrouve confiance en mon corps. Ça ne va arriver qu’en jouant, en enchaînant des matchs.»
Loïs Boisson, 43e mondialeen zone mixte, au WTA 1000 de Madrid
Rien n’a été simple en effet, avec trois défaites au premier tour en trois tournois, à Madrid, Rome et au challenger de Parme, où à chaque fois les défaites sont sèches. «J’ai fait ce que j’ai pu, lâchait-elle alors en zone mixte, après sa défaite en Italie. Je manque de rythme, je manque de matchs, je sens que rien n’est naturel. Je réfléchis trop avant de faire le coup que je dois faire. C’est vraiment un manque de rythme», analysait Loïs Boisson, qui assurait ne pas ressentir de douleurs.
Pour la capitaine de Billie Jean King Cup, Alizé Cornet, il «est complètement normal d’avoir un manque de repères, a-t-elle estimé sur beIN Sports. Ce n’est pas forcément de jouer au tennis qui est difficile, parce que le tennis ne part pas, mais ce sont les repères visuels, la gestion des moments importants, la construction des points, toutes ces choses qu’on ne peut pas travailler en dehors des matchs. En plus, elle a joué des filles du top 50 qui jouent très bien au tennis. Ce n’est pas idéal pour enchaîner les matchs quand on est en reprise.»
La série de défaites a pris fin à Strasbourg, dimanche, une semaine pile avant le début du tableau final de Roland-Garros, avec un succès sur la Chinoise Xinyu Wang (32e mondial) 6-3, 7-6 (7/4). Son élimination (6-4, 6-3) au tour suivant contre la Canadienne Victoria Mboko, 9e mondiale, a confirmé ses impressions : «Il y a eu des bonnes choses, et des choses moins bonnes aussi, analysait-elle après son match, mardi. Physiquement ça va bien. Quand j’ai repris, ce n’était pas à 100% mais aujourd’hui je sens que ce bras va vraiment bien. J’ai besoin de retrouver la confiance, de retrouver le jeu, de retrouver le rythme. Physiquement au niveau des appuis, je sens que ce n’est pas fluide, mais c’est juste une question de rejouer.»
Que peut-elle espérer, alors, au moment de défendre énormément de points à Paris ? A la différence de l’an dernier – où elle s’avançait avec un titre, une finale et une demi-finale sur le circuit Futures et un ratio de cinq défaites pour 15 victoires sur terre –, Loïs Boisson «n’arrive pas à Paris avec le plein de confiance, confirme Justine Hénin, septuple vainqueur en Grand Chelem et consultante pour France Télévisions. Et puis surtout, elle aura beaucoup plus de pression».
«On n’est plus du tout dans le même contexte [que l’an dernier]. Personne ne lui prendra sa demi-finale, et elle aura sûrement à cÅ“ur de pouvoir revivre exactement la même chose. Mais cela ne sera plus la même chose.»
Justine Hénin, quadruple vainqueur à Roland-Garrosà franceinfo: sport
«Il y a beaucoup de paramètres qui rendent les choses compliquées aujourd’hui, estime encore Justine Hénin, qui veut toutefois rester «prudente» car «c’est le sport»Â : «Les choses seront peut-être plus simples une fois que cela [Roland-Garros] sera passé. On sait que revenir sur les terres d’un exploit, surtout quand celui-ci n’était pas attendu, et qu’on y a concentré beaucoup de ses points, c’est dur. (…) Mais on voit qu’elle a des choses à établir, pour rendre les choses plus pérennes.»
L’un de ses plus grands défis, pour cette édition 2026, sera sans doute la gestion des attentes, à la fois les siennes et celles des autres, des observateurs ou du public. «Il y a ce caractère urgent de bien jouer tout de suite parce qu’on a beaucoup de points à défendre pour se maintenir au classement, énumère Arnaud Clément, ex-top 10 mondial, auprès de franceinfo: sport. Aussi, l’an dernier, la majorité des joueuses du circuit ne la connaissaient pas. Aujourd’hui, elle ne peut plus jouer sur l’effet de surprise. Et enfin, comment se sent-elle physiquement ? Il y a beaucoup de points à gérer, qui ne sont sans doute psychologiquement pas évidents.»
Sur cette gestion, Arnaud Clément se veut toutefois rassurant, car il estime que son expérience de l’an passé sera un socle sur lequel elle pourra s’appuyer. «Elle a eu beaucoup de matchs accrochés, où elle a très bien géré les moments délicats, ce qui était très étonnant, puisqu’elle n’avait encore jamais joué à ce niveau-là , en deuxième semaine de Grand Chelem, face au top 5 et 10 mondial. Peut-être qu’elle arrivera donc à gérer de nouveau sa quinzaine, comme l’an passé. Mais tout dépendra du tirage au sort, car cela peut taper fort d’entrée», prévient-il. Avec une actuelle 43e place mondiale, Loïs Boisson ne sera pas épargnée lors du tirage au sort, où seulement les 32 meilleures joueuses du classement WTA sont têtes de série, et donc protégées lors des deux premiers tours. Un début de quinzaine qui pourrait donc ressembler à celui de l’an passé, pour une nouvelle édition hors du temps ?

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