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Reportaje Francia

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C’est une tendance originaire du Japon et de plus en plus populaire en Europe, et notamment en France : les bars audiophiles. Des cafés où l’on vient, seul ou à plusieurs, pour écouter de la musique dans une salle équipée d’un matériel hi-fi de très haute gamme. Une formule qui séduit de nombreux mélomanes désireux de redécouvrir toute la profondeur de leurs morceaux préférés, à rebours d’une écoute traditionnelle sur les plateformes de streaming. Reportage à l’une des adresses les plus en vue de Paris.

Il faut descendre au sous-sol du Listener, un café du IIe arrondissement de Paris, pour découvrir ce qui en fait sa spécificité. Une porte, puis une autre, et nous voici dans un salon feutré et chaleureux, avec sa moquette, son large canapé et sa table basse. Tout est fait pour se sentir comme chez soi.

Ce jour-là, quatre filles ont réservé le lieu pendant une heure pour 50 euros. «L’espace est totalement insonorisé. C’est une sorte de boîte dans la boîte. De cette façon, aucun son n’entre ni ne sort de cette pièce», explique Thomas, co-gérant du café, avant de lancer la séance.

Le petit groupe a pris place sur le sofa. Face à elles, une impressionnante chaîne hi-fi : deux enceintes dotées de trois pavillons jouant les aigus, les médiums et les graves, un amplificateur à lampes, un convertisseur et une platine vinyle, «pour que l’ensemble de l’écoute soit agréable», complète Thomas, ingénieur du son de formation depuis quinze ans.

Dix minutes de présentation, puis la séance peut enfin démarrer. Pour cette première écoute, le choix des quatre filles se porte sur le titre «People Are Strange» du groupe de rock américain The Doors. Quelques secondes d’écoute suffisent à convaincre Julie, qui a eu l’idée d’amener ses amies ici. Elle explique redécouvrir son morceau préféré : «Le solo de guitare joué par Robby Krieger est beaucoup plus net, on cerne bien mieux la tonalité qu’il a voulu donner à ce passage. On a l’impression d’assister à l’authenticité de ce moment et de comprendre ce que le musicien voulait faire passer comme émotion.»

Ce qui impressionne Julie, c’est aussi ce sentiment d’entendre pour la première fois tous les instruments de cette partition : «Dans ce groupe, Jim Morrison prend davantage la lumière par rapport aux autres musiciens. Là, on se rend compte du travail fourni par les autres membres de The Doors, grâce à chaque petit son de batterie, de cymbale, de craquement de cordes. C’est impressionnant d’entendre tout cela.»

Une séance d’une heure permet d’écouter une vingtaine de titres. Si le format séduit autant Julie, c’est parce qu’elle dit vouloir une autre approche que celle d’une consommation frénétique et en streaming de ses morceaux préférés : «Aujourd’hui, on a tendance à entendre de la musique partout – dans les magasins, les grandes surfaces – mais pas à l’écouter véritablement.»

Cette volonté de ralentir le rythme, Jérôme, l’autre gérant du café, dit la constater depuis quelques années : «Ça se retrouve au niveau des ventes des disques vinyles, dont la croissance est à deux chiffres depuis plus d’une dizaine d’années, et ça se remarque dans un certain nombre de clubs et de boîtes de nuit qui, pour la plupart, ont fait un gros travail de rénovation ou de mise en place de nouveaux systèmes son pour proposer une expérience ultime à leurs clients.»

Les bars audiophiles surfent donc sur cette tendance, et le bouche-à-oreille fait le reste. D’ailleurs, Julie promet de revenir avec d’autres amis.