Après avoir orchestré, l’automne dernier, à partir d’une adaptation de Jean Marc Dalpé, une version concise, dynamique et incarnée du Roi Lear, le Québécois d’origine albertaine Jon Lachlan Stewart signe le texte d’un spectacle à la fois comique et ambitieux traduit et mis en scène par Olivier Morin. S’y trouvent réunis, en une temporalité ponctuée d’ellipses, trois anciens enfants vedettes — croupissant depuis loin des projecteurs — d’une série de films fantastiques, tirés de livres dont l’autrice s’est commise en commentaires rétrogrades et acrimonieux. Oui, la référence à Harry Potter est ici pleinement assumée.
Tout d’abord conviés à une entrevue au sujet de leur expérience de jeunesse, les trois protagonistes se voient bientôt confier la tâche de réaliser l’ultime opus de la série après qu’une bombe ciblant la polémique écrivaine et scénariste ait explosé lors de la cérémonie des Oscars, décimant du même souffle la quasi-intégralité de la faune hollywoodienne. S’ensuit alors une critique de l’univers du cinéma de masse dont l’art se réduit bien souvent à produire du divertissement facile et désincarné.
Drogue, alcool, sexe débridé et soif inextinguible de pouvoir déposséderont de leur âme ces êtres prêts à tout pour se sentir vivants au sein d’un système qui les tue plus sûrement que lentement. Une industrie impitoyablement mercantile, que l’intelligence artificielle concourt à rendre exponentiellement déshumanisante.
Les propos du Testament des célébrités visent juste, mais n’étonnent pas, tandis que l’humour déployé s’y révèle plus vaguement amusant que véritablement grinçant. Qui plus est, la trame narrative, qui s’étire jusqu’à s’amincir, tend à s’effilocher en des développements plus ou moins vraisemblables et aptes à soutenir l’intérêt. En revanche, les innombrables nuances du jeu de Rebecca Vachon — qui incarne l’interprète de la figure centrale des films —, exprimant tant le désarroi que l’espoir, la ferveur que la déconvenue, la fragilité que la superbe, fascinent.
De surcroît, les riches éclairages de Joëlle LeBlanc, donnant vie et portant différents sens à la scénographie simple mais efficace (constituée d’une plateforme lumineuse et de quelques chaises) de Cédric Lord, contribuent, de concert avec la trame sonore conçue par l’auteur de la pièce, au caractère engageant de la mise en scène vive et soignée d’Olivier Morin. Un peu de fumée et de vent sont tous les effets spéciaux qu’il lui faut pour évoquer un monde cinématographique où les acteurs se retrouvent bien souvent à n’avoir comme contexte de création qu’un impassible écran vert.
Du point de vue de la forme, donc, Le testament des célébrités prête fort peu à redire. Cependant, la pièce semble se chercher un ton. Ses velléités satiriques s’essoufflent, faute de mordant. Or la compagnie Surreal SoReal, dirigée par Jon Lachlan Stewart, a pourtant démontré avec Beau gars d’Erin Shields, une œuvre cinglante illustrant les différences liées au genre dans l’univers du divertissement, ou encore avec Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémissible d’Elena Belyea, qu’elle pouvait laisser une empreinte profonde et indélébile sur la psyché de ses spectateurs.




