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Avis – Camille Yembe, Jeune & laide : que vaut son 1er album ?

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Plume sensible, profil singulier, accents rock, électro, rap… Pour son premier album, Jeune & laide, la chanteuse belge sert un cocktail pop aussi rafraîchissant que travaillé.

Introduction

Quel est le point commun entre Tiakola, Aya Nakamura, Theodora… et Camille Yembe ? Une étiquette musicale dont l'encre n'a pas encore séché : la « nouvelle pop ». Même si la chanteuse bruxelloise n'est pas encore repartie des Flammes avec un trophée dans cette catégorie émergente, elle s'y reconnaît déjà. « S'affranchir des codes classiques », « tendre vers une proposition hybride », « transcender les frontières des genres »… Force est de constater que les critères formulés par la cérémonie résonnent plutôt avec sa musique effervescente.

Après un six titres pétillants et remarqués en 2025 (Plastique), son premier long format devait permettre de préciser son affiliation : qu'est-ce que la pop de Camille Yembe a de si novateur ? Ce 22 mai 2026, la presque trentenaire chante sa réponse sur les 15 morceaux de Jeune & laide. Des sonorités plurielles, des textes personnels, preuve de cette liberté générationnelle. Ou, comme elle nous le résumait en interview, sur L'Éclaireur, il y a un peu moins d'un an : « Je fais juste la musique qui me ressemble. »

Avis – Camille Yembe, Jeune & laide : que vaut son 1er album ?
Camille Yembe dévoile Jeune & laide. ©Marta Petraccone

Guitare saturée, piano feutré, beat pressé… Une musique populaire et plurielle 

Si, pour certains, la chanson est une science, chez Camille Yembe, le mot « pulsion » conviendrait davantage. Le cheminement musical de l'enfant de 1997 ne commence pas par la case conservatoire. Son initiation musicale va plutôt se faire à domicile : les quelques karaokés de sa mère, mais surtout les lecteurs MP3 des amis, télécrochets à la X-Factor et clips sur MTV puis YouTube. « J'ai toujours été attirée par la musique sans pour autant vraiment être dans un milieu, confiait-elle à L'Éclaireur. […] Ce n'était pas vraiment accessible au sein de ma famille. Mais comme j'étais passionnée, je m'entraînais dans ma chambre en rêvassant. »


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Résultat : sans maestro ni héritage pour la formater, Camille Yembe reste libre de flotter d'un univers musical à l'autre. De Thom Yorke à Aznavour, de Redcar à Damso, de Stromae à Doechii… Sa playlist d'influences tourne en mode shuffle, et c'est ce qui confère à ce premier album un son aussi rafraîchissant. À chaque fin de morceau, la même curiosité : avec quel style l'artiste autodidacte va-t-elle hybrider sa pop ensuite ? Elle enchaîne piano-voix et rock psyché en moins de trois minutes sur Dans le rétro, cavale avec le BPM sur le survolté RICH, s'autorise des glitchs hyperpop sur Une chanson pas mixée… et sa voix épouse chaque instrumentale léchée – souvent en chantant, parfois en effleurant le parlé et le rap.

Cette pop décomplexée qui aurait pu virer au patchwork décousu, la chanteuse réussit à la souder avec son alliage d'énergie et de mélancolie communicatives. Même sur les rimes teintées de spleen de Rien à fêter, sa musique ne perd pas sa fièvre festive. Et c'est peut-être là que Camille Yembe est la plus percutante, dans cet équilibre non calculé entre fougue et vague à l'âme, sur lequel elle construit des tubes revigorants, comme le pop-rock Autodéfense, avec le nouveau groove du rap français, Ino Casablanca. Une formule non sans spontanéité qui fait plaisir à entendre. Elle semble chanter comme elle est. Et ses paroles sensibles le confirment.

Confessions d'une enfant du XXIe siècle

La seconde « peau en plastique » qu'elle enfilait sur son premier EP s'est désagrégée ; Camille Yembe laisse apparaître tout ce qu'elle portait. Son adolescence chaotique, ses galères financières, l'image qu'elle a d'elle-même, ses racines, les stéréotypes qu'on lui impose… La Belge d'origine congolaise recolle en chanson des fragments de vie qu'elle n'a « jamais dits à personne ». C'est touchant et ça tranche avec le vernis bien souvent lisse de la pop mainstream. Quand on sait que l'industrie musicale lui paraissait si inaccessible et qu'elle y a fait ses premiers pas en écrivant pour d'autres (Tiakola et Eva, entre autres), la voir persévérer et percer le plafond de verre avec des vers aussi intimes a quelque chose de rassurant. Presque grisant, même, quand elle compte déjà les zéros sur ses futurs relevés bancaires dans l'électrique RICH. 

Camille Yembe. ©Marta Petraccone

« Quand tu chantes tes propres chansons, qui sortent de tes tripes, c'est un incroyable exutoire. […] Mais en racontant mon histoire, je raconte aussi celle des autres », réalisait-elle, toujours dans nos colonnes. C'est peut-être ça, la nouvelle pop de cette nouvelle génération : une musique aussi singulière que familière, dans la même veine que celle de sa compatriote Lous and the Yakuza, conviée en featuring. Une esthétique que Camille Yembe prolonge dans sa version du drapeau du Congo paternel déployé sur sa pochette, avec une bande léopard (symbole de résilience) et une étoile toujours brillante, même cabossée. Après ce premier album bien maîtrisé, on a déjà hâte de voir jusqu'où elle déploiera cet étendard sur ses prochains projets.