Président emblématique du RC Lens de 1988 à 2017, Gervais Martel a remporté un titre de champion de France en 1998, une Coupe de la Ligue en 1999, participé à la Ligue des Champions mais il n'a jamais gagné la Coupe de France dont il rêvait. Vendredi, il sera au Stade de France pour espérer voir l'équipe de Pierre Sage soulever la première Coupe de France de l'histoire du RC Lens.
En tant que président, vous avez été champion de France et remporté la Coupe de la Ligue mais votre rêve de gagner la Coupe de France n'a jamais été atteint. Elle vous a toujours fui avec une défaite en finale contre le PSG en 1998.
Elle n’est pas copine avec moi mais comme je ne suis plus président, on va la gagner…Pour moi c’est pareil, président ou pas, je suis avant tout supporter du RC Lens. Je vais au club depuis que j’ai 4 ans, tu t'imagines! Donc c’est une anomalie pour un club comme Lens. Quand on regarde un peu les équipes de première division, ils l'ont tous gagnée ou presque sauf nous donc il faut qu’on la gagne, c’est simple.
Lens va disputer sa quatrième finale de Coupe de France (1948, 1975, 1998 et 2026). Vous avez vécu celle de 1975 face à la grande équipe de St Etienne.
D’abord c’était un super match, on a super bien joué, on a eu une occasion, tout le monde en parle évidemment depuis 50 ans, avec Juraszek qui doit la pousser au fond et qui ne la met pas. On doit mener au score, puis après on a un but venu d’ailleurs de Jean-Michel Larqué…mais quelle partie, quelle image Lens a donnée à cette époque-là ! C’est un gros souvenir pour moi puisqu’en demi-finale j’y étais, on a battu le PSG entraîné par Just Fontaine. J’ai toujours gardé un bon souvenir de la Coupe de France, sauf qu’on n’a jamais été foutu de la gagner. La presse avait dit c’est la plus belle finale depuis une cinquantaine d’années. Il y en a eu d’autres depuis évidemment, mais c’était un super match avec la déception de perdre.
En 1998, vous jouez le titre de Champion mais une semaine avant la fin du championnat, il y a la finale de la Coupe de France au Stade de France face au PSG et vous perdez 2-1.
On a commencé à jouer au bout d’une heure, Paris a marqué, on est revenu à 2-1, et dans le dernier quart d’heure il n’y avait qu’une équipe sur le terrain, c’était Lens, mais trop tard. J’avais beaucoup de regrets évidemment mais je m’étais dit on va se rattraper la semaine suivante et on a gagné le titre. Donc c’est con de ne pas avoir fait le doublé, mais ce n’est que partie remise.
Dans cette finale, vous arrivez le jour J au Stade de France, il n'y a pas de regrets de ne pas être arrivé la veille pour s'imprégner de l'environnement?
Peut-être, après tu peux toujours analyser, vous savez je ne fais pas partie des gens comme ça, je ne fonctionne pas toujours avec l’Å“il sur le rétro. Bon, on l’a perdue, maintenant ce qui est important c’est que dans quelques jours on va jouer Nice, qui est à notre portée, sans être péjoratif avec les Niçois. Avec la saison qu’on fait, l’homogénéité de l’équipe, l’envie qu’on a de faire, et être deuxième du championnat derrière Paris qui va peut-être gagner encore la Champions League, on fait une saison fabuleuse. Maintenant il faut aller chercher le dernier truc.
Lors de cette finale au Stade de France, une banderole «Le vent du Nord souffle sur la France» était brandie par les supporters lensois. L'ambiance devrait être incroyable vendredi prochain non?
Ah oui, quelle ambiance. Moi je m'en souviendrai toute ma vie, et là ça va être comme ça certainement dans quelques jours. On l’a vu d’ailleurs l’engouement avec la demi-finale gagnée ici. Ça serait une récompense pour les supporters. Ils attendent autant que moi. Gervais Martel qui voudrait bien gagner la Coupe, d’accord, je ne suis pas tout seul. Et vous vous rendez compte, je suis certain que ce club a 120 ans. Les mecs ont disparu, mais depuis 120 ans, il y a des gens qui font le club. C’est des millions de personnes qui vont nous regarder, je ne sais pas où, du paradis, qui vont être avec nous, qui vont nous soutenir. Quelle java ils vont faire en haut quand on aura gagné.
Cette saison peut devenir historique pour Lens s'il y a victoire contre Nice associée avec la Ligue des Champions, la saison prochaine.
Pour moi, c’est déjà une saison historique. Parce qu’au début de l’année, il n’y a pas un mec qui aurait payé un copecpour finir à cette place-là . Or, on a tenu de la dragée haute à Paris. S’il n’y avait pas eu le match reporté, peut-être qu’on était encore dans les points par rapport au PSG, ce qui est une performance remarquable. Et le nombre de points que nous prenons sur la saison, le nombre de victoires à l'extérieur. On a fait des stats qui sont absolument fabuleuses. Derrière, cette finale paraît abordable. Encore une fois, il ne faut jamais sous estimer un adversaire, mais elle est abordable sur ce qu’on a fait depuis le début de la saison. Mais on a vu aussi que Nice, ils sont capables de nous accrocher également, donc ce n’est pas gagné. Il faut simplement jouer notre jeu, prendre du plaisir et faire ce qu’on sait faire, c’est-à -dire jouer vers l’avant. On est capables, avec nos joueurs, de marquer à n’importe quel moment.
Peut-on comparer l’équipe de 1998 et celle de cette année. Est-ce qu'il y a des éléments de comparaison?
Il y a une super ambiance dans le groupe, ça c’est peut-être le comparatif. Le reste, c’est difficile. C’est comme si on compare Merckx et Pogacar, ça n’a aucun sens. Après, on disait que Metz n’était pas le PSG, c’est vrai, mais Metz avait une équipe qui tenait la route. Et tant pis pour eux si ce n’était pas le PSG en 1998. Là , on fait quand même une saison incroyable, on a accroché encore une fois le PSG, ce n’est quand même pas rien. Quand on se remémore ça, c’est une confirmation avec tout ce qui est fait dans le club. Parce qu’on voit les résultats, c’est la face immergée, mais le reste, c’est tout ce qui est fait. C’est un club où il n’y a pas de trou dans la raquette.
Ça veut dire qu’à tous les niveaux, il y a de la compétence: dans les bureaux, dans la direction de Benjamin Parrot, Jean-Louis Leca, niveau de recrutement, le président qui mouille le maillot, au sens propre comme au sens figuré. On a derrière l’équipe de joueurs qui est homogène. L’exemple type, c’est Sotoca, même s’il joue moins évidemment, mais il ne lâche rien quand il joue une demi-heure ou quarante minutes. Après on a Pierre Sage qui est arrivé, on a l’impression que ça fait dix ans qu’il est là . On n’a pas de trou dans la raquette. Donc c’est une récompense pour tout ce club qui bosse. Voilà , c’est simplement ça.
Joseph Oughourlian, c'est le président qu'il fallait après vous. Il est tombé amoureux du club et le fait grandir. La racing est entre de bonnes mains ça doit vous rassurer?
C’est sûr, quand j’ai rencontré Joseph, je ne vais pas dire immédiatement, mais au bout de quelques secondes, je me suis dit, c’est le gars idoine. Et il est tombé dans la marmite. Donc c’est fabuleux ce qu’il a fait. D’abord, il a réinvesti. C’est quand même pas simple. Il y a des moments qui étaient compliqués. Maintenant, on a une baisse des droits TV mais on est tellement bien géré, on vend tellement bien nos joueurs qu’on passe mieux cette difficulté que beaucoup de clubs français.
Et puis derrière, moi, je suis fier que Joseph soit là , parce qu’imagine toi, tu es 30 ans dans un club. Tu t’en vas, il y a un idiot qui reprend ça. Tu peux laisser pousser ton bouc et maigrir de 40 kilos et rouler en dauphine pour ne pas qu’on te reconnaisse. Donc moi, j’ai gardé un plaisir intact, comme si j’étais président, de venir encore à la Gaillette de temps en temps et d’aller au match. Et donc ça, c’est fabuleux.
Le lien n’a pas été coupé avec vous et la direction du RC Lens (Joseph Oughourlian et Benjamin Parrot) et vous venez régulièrement à la Gaillette.
Oui, c’est super. Bon, ils ont appelé le centre de formation, la Gaillette Gervais Martel. Je ne voulais pas. Et c’est Joseph avec ma fille qui ont fait ça en douce. Après, j’ai accepté, mais ce n’était pas trop mon truc. Mais j’ai beaucoup de plaisir. J’ai l’impression que je ne suis jamais parti. Je ne les embête pas. Des fois, je commence à radoter quand même. Donc, c’est aussi eux qui m’apprennent beaucoup sur l’évolution aujourd’hui des clubs pro qui se structurent, qui deviennent professionnels dans tous les niveaux du club, que ce soit en merchandising, en business, en sponsoring. On est extrêmement performants et on est sur la bonne voie. En plus, on va jouer la Champions League. C’est du rêve.
Le club est bien géré et il y la récompense de la Ligue des Champions et sa manne financière. C'est la récompense d'une équipe qui travaille bien.
Ça, c’est sûr. Il n’y a pas de hasard. À un moment donné, dans le sport, tu peux faire un résultat une fois. Mais dans la continuité, moi, au bout de 4-5 matchs, je me souviens, j’avais dit à Benjamin Parrot, on va faire dans les cinq premiers. Quand Pierre Sage est arrivé, je discutais avec lui. Au bout de 15 jours, j’avais l’impression qu’il était là depuis dix ans. J’ai été voir ses entraînements, j’ai vu comment ça travaillait. J’ai dit, on est sur l’autoroute.
Qu’est-ce que vous faites si Lens gagne la Coupe de France?
J’ai un âge où je fais beaucoup moins d’excès. Mais je vais être super content pour tout le monde. Super content pour les gens qui aiment ce club. Dieu sait s’il y en a. Peut-être beaucoup plus qu’on ne pense, en dehors des Hauts-de-France.






