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¿Una lección húngara para Donald Trump?

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À quelques jours des élections historiques, le déplacement en Hongrie du vice-président américain J.D. Vance avait pour but de mettre tout le poids de l’administration Trump derrière Viktor Orbán. À la traîne dans les sondages depuis des mois, son meilleur allié en Europe faisait face à un retard que ce coup de main américain ne lui a pas permis de surmonter.

La semaine dernière, devant des milliers de partisans du parti Fidesz de M. Orbán, M. Vance a voulu appeler son patron, question que Donald Trump leur livre lui-même son message.

La première tentative a été infructueuse : le vice-président est tombé sur la boîte vocale (non configurée) du président. Un appel plus tard, Donald Trump a finalement répondu en rappelant qu’il était avec M. Orbán «jusqu’au bout» et que le premier ministre sortant faisait un «travail fantastique».

Face à cette offensive américaine, le candidat d’opposition Péter Magyar, élu à la tête du gouvernement dimanche, a déclaré que les élections ne se décideraient pas à Washington, Bruxelles ou encore à Moscou, mais bien dans les rues de Hongrie.

Une déclaration à l’image de la campagne menée par le politicien de 45 ans, un ancien membre du parti de Viktor Orbán, qui a fait défection pour créer son propre mouvement et dénoncer la «corruption» du pouvoir en place.

Tisza, le parti créé par M. Magyar, a misé sur des enjeux de politique nationale. L’aspirant premier ministre a promis de s’occuper de l’économie stagnante de la Hongrie, dont la croissance du PIB s’est limitée à 0,4 % l’an dernier. Il a aussi promis de débloquer des fonds européens qui n’ont toujours pas été livrés à la Hongrie. L’Union européenne (UE) a invoqué des reculs de la démocratie et des droits des minorités dans le pays pour justifier le fait d’avoir retenu de 17 à 18 milliards d’euros qui lui étaient destinés.

De l’autre côté, le premier ministre sortant, au pouvoir sans interruption depuis 16 ans, a beaucoup misé sur la politique étrangère. Des affiches installées par le parti de Viktor Orbán mettaient côte à côte son rival Péter Magyar et Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. Des vidéos générées par l’intelligence artificielle ont aussi évoqué l’idée que la Hongrie puisse être entraînée dans la guerre que mène la Russie en Ukraine en cas de victoire de l’opposition.

L’accent mis sur les enjeux économiques, doublé de l’usure du pouvoir, semble avoir été payant pour Péter Magyar. Vu l’ampleur de sa victoire, son parti détiendra une super majorité de plus des deux tiers des députés au parlement hongrois.

En point de presse, mardi, le futur premier ministre a accusé son prédécesseur d’être trop attardé à la Russie, à l’Ukraine, à l’Iran et aux élections américaines, et de ne pas avoir accordé assez d’importance à «la santé, à l’éducation et au coût de la vie». «Je pense que c’est la cause de son échec», a-t-il déclaré.

Aux États-Unis aussi, le national domine sur l’international dans les préoccupations de l’électorat. Un sondage de la firme Yougov publié début avril avançait que l’inflation et les prix étaient la priorité de 34 % des Américains. Or, toujours selon ce coup de sonde, sur les sujets économiques, Donald Trump reçoit un taux d’approbation négatif, de -20 %.

Pourtant, entre la guerre en Iran, la capture du président vénézuélien et le blocus contre Cuba, les affaires étrangères occupent une grande place dans les politiques menées par la Maison-Blanche.

Un message aussi pour les démocrates?

Au-delà de son message électoral, l’opposition hongroise a misé sur une stratégie qui pourrait aussi avoir un écho outre-Atlantique. Bien sûr, les systèmes et dynamiques politiques sont très différents, mais l’approche hongroise pourrait inspirer ceux qui rêvent de faire subir une défaite électorale aux républicains de Donald Trump lors des élections de mi-mandat, en novembre prochain.

En vue du scrutin hongrois, les forces d’opposition se sont coalisées derrière Péter Magyar, qui a gravi pendant des années dans l’entourage de Victor Orbán, avant de fonder son propre mouvement, en 2024.

Loin d’être un libéral, Péter Magyar est un candidat conservateur, partisan de mesures strictes en matière d’immigration qui ne sont pas si éloignées des politiques du gouvernement Orbán. Pourtant, c’est en lui que la jeunesse et la gauche ont placé leurs espoirs.

Une fois qu’il sera au pouvoir, les rivalités referont peut-être surface, mais le temps d’une longue campagne, presque tous ceux qui souhaitaient avant tout voir Viktor Orbán être défait ont mis de côté leurs désaccords et ont misé sur des enjeux, notamment économiques, qui rejoignent un grand nombre d’électeurs. Cette stratégie leur a permis de faire des gains importants non seulement à Budapest, mais aussi dans des régions rurales, habituellement fidèles au parti de M. Orbán.

Dimanche soir, Viktor Orbán a d’ailleurs rapidement reconnu le résultat des urnes et a concédé la victoire à son adversaire, contrairement à Donald Trump, qui n’a toujours pas reconnu sa défaite contre Joe Biden en 2020.

Pour le reste, les parallèles sont nombreux, et avec ce départ de Viktor Orbán, Donald Trump perd son meilleur allié en Europe. Un premier ministre critique de l’UE, dont le gouvernement était perçu comme un modèle dans certains milieux proches du président.

Viktor Orbán est le premier dirigeant européen à avoir félicité Donald Trump lors de sa réélection, en 2024, et il avait déjà été invité à la conférence CPAC, la grand-messe de la droite américaine.

Deux ans plus tard, la défaite de M. Orbán semble lourde d’enseignement pour Donald Trump quant à la nécessité de miser sur les enjeux nationaux pour regagner les faveurs de l’opinion publique.

Mais ce message échouera-t-il sur une boîte vocale?