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¿Puede Arthur Fils desafiar la jerarquía en Roland

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De retour sur les courts après une longue convalescence, Arthur Fils a brillé sur terre battue en remportant l’ATP 500 de Barcelone. A l’approche de Roland-Garros, il suscite des attentes élevées.

Alors que le cyclisme imagine avoir enfin trouvé le successeur de Bernard Hinault en la personne de Paul Seixas, le tennis espère aussi avoir mis la main sur l’héritier tant attendu, celui qui succédera enfin à Yannick Noah au palmarès de Roland-Garros : Arthur Fils. C’est en tout cas la petite musique qui s’est enclenchée depuis la victoire du Français à l’ATP 500 de Barcelone, dimanche 18 avril. Alors, faut-il vraiment s’emballer autour du 25e mondial de 21 ans ?

«S’emballer, on peut. C’est le jeu médiatique, des fans. Mais je ne pense pas que lui s’enflamme», résume Nicolas Escudé. «Déjà l’année dernière on attendait énormément de lui avant sa blessure», rappelle l’ancien numéro 17 mondial, évoquant la fracture de fatigue au dos qui avait poussé Arthur Fils a abandonné avant le troisième tour de Roland-Garros. «Cette blessure l’a fait grandir, lui a permis de se poser certaines questions, lui a donné du temps pour travailler certains points, mais aussi d’affronter le doute», développe l’ancien directeur technique national de la FFT entre 2021 et 2024.

En dehors d’une tentative de retour avortée l’été dernier à Toronto, Arthur Fils a ainsi passé huit mois loin du circuit mondial. Fidèle à ce qu’il avait annoncé, et malgré la fougue de ses 21 printemps, le Français a été patient, s’est reconstruit dans l’ombre. Avant de vite revenir au premier plan depuis son retour à l’Open d’Occitanie à Montpellier, en février. «Ça fait deux mois qu’il a repris, et il vient de passer devant Novak Djokovic à la Race [le classement mondial sur l’année civile]. À Doha, il a perdu en finale contre Carlos Alcaraz, avant d’enchaîner avec un quart de finale à Indian Wells, une demi-finale à Miami et une victoire à Barcelone, c’est très encourageant», note Nicolas Escudé.

D’autant que le tournoi catalan était le premier du Français sur terre battue, après avoir fait l’impasse sur Monte Carlo «pour mieux soigner cette transition entre le dur et la terre battue», explique Nicolas Escudé, «et ça lui a réussi». Au point d’impressionner la presse locale et plusieurs anciennes gloires du circuit, à Barcelone. «Quand il gagne à l’ATP 500 d’Hambourg il y a deux ans contre Alexander Zverev, il joue déjà à ce haut niveau», rappelle toutefois Arnaud Clément. Avant d’ajouter : «C’est génial de voir Arthur jouer ainsi, mais pas surprenant. L’an passé, il avait enchaîné quart de finale à Indian Wells, Miami et Monte Carlo, puis demi-finale à Barcelone.»

Un rythme soutenu que le natif de Bondoufle (Essonne) a su maintenir cette année, ce qui lui permet d’être 25e mondial. Ce classement pourrait s’améliorer si Arthur Fils fait mieux qu’un deuxième tour aux Masters 1000 de Madrid et qu’un huitième de finale à celui de Rome, ce qui lui permettrait d’être un peu plus protégé à Roland-Garros. «Il pourrait ne pas être trop mal placé pour Roland-Garros, même s’il ne sera pas aussi protégé que les tout meilleurs. Mais ce qui compte vraiment, c’est son niveau. Par rapport à ce qu’il vient de réaliser, il sera craint par tout le monde. Personne ne va apprécier d’avoir Arthur Fils dans sa partie de tableau», prévient Arnaud Clément, ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis.

«Il est très régulier en ce début d’année, et a encore haussé son niveau de jeu. Il avait déjà un niveau top 10 l’an passé, il le confirme depuis son retour», enchaîne Arnaud Clément, qui ajoute : «Il aura de la pression, il a déjà commencé à l’appréhender parce qu’il est bien entouré. En dehors d’Alcaraz et Sinner, il peut regarder tout le monde dans les yeux». Avant d’entrer en piste à Madrid, Jannik Sinner l’a d’ailleurs évoqué : «Il produit un tennis incroyable en ce moment. Il est très concentré sur ce qu’il doit faire, très fort physiquement. Il montre beaucoup de régularité sur toutes les surfaces. Gagner à Barcelone va lui donner beaucoup de confiance pour bien jouer ici, à Rome et surtout à Paris avec le public français. […] C’est certain qu’il faudra faire attention à lui.»

Mais de là à être prétendant à la victoire finale, il n’y a qu’un pas qui ne se franchit pas si facilement, tempère Arnaud Clément : «On attend de voir ce qu’il peut éventuellement faire face à Alcaraz et Sinner», ajoute notre consultant, même si l’incertitude est de mise sur une participation de l’Espagnol, touché au poignet.

«Derrrière Alcaraz et Sinner, on se demande qui pourrait être le troisième homme : certains disent Joao Fonseca, ou Jakub Mensik, mais ça pourrait être Arthur Fils. Après, il y a encore beaucoup de travail à effectuer.» – Arnaud Clément

Un enthousiasme partagé par Nicolas Escudé, qui tempère toutefois : «A Roland, en cas de malchance il peut tomber sur Alcaraz ou Sinner au troisième tour. Tous les feux sont au vert aujourd’hui, mais passer de jamais qualifié en deuxième semaine de Grand Chelem à outsider pour Roland-Garros… Il y a de quoi s’emballer, mais en restant prudent. Mais lui se fixe des objectifs extrêmement élevés». Comme une place dans le dernier carré de Roland-Garros, pour sa quatrième participation ? Possible, vu le niveau atteint par le Français ces dernières semaines.

«L’année dernière, il avait marqué les esprits, comme face à Carlos Alcaraz à Monte-Carlo. Mais il passait parfois au travers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui», note Nicolas Escudé. Une stabilité qui change tout, selon l’ancien DTN : «Envoyer de la lourdeur en coup droit, des missiles au service, il savait déjà le faire. Mais quand les faire, comment construire ses matchs, comment éteindre ses adversaires, il l’a appris. Il fait tout comme avant mais mieux pensé, réfléchi, mieux travaillé. À Barcelone, ce fut un récital.»

«Il est mieux préparé et armé physiquement aujourd’hui. Il y a eu un travail phénoménal sur le côté athlétique, il a perdu six ou sept kilos. Pour mettre la balle hors de portée d’Arthur, il faut y aller !» – Nicolas Escudé

«Ils ont eu cette volonté d’être un peu plus léger pour qu’il enchaîne un peu mieux les semaines. Avec les progrès de la préparation physique, on n’a plus besoin de la même quantité de muscles pour frapper aussi fort. Et quelques kilos de moins, ça diminue les contraintes sur le dos, les chevilles, les genoux. Ça joue sur la durée d’une carrière, sur la récupération. Peut-être aussi sur la vitesse de déplacement,» éclaire Arnaud Clément. «Au service, il est encore plus fort, régulier et précis. En fait, il est un petit peu meilleur dans tous les secteurs.»

Alors, que manque-t-il au numéro un Français pour s’inviter au sommet du tennis mondial ? «Aller s’y frotter un petit peu plus souvent, pour emmagasiner de l’expérience et envoyer des messages, ce qu’il fait depuis son retour,» estime Nicolas Escudé. «Aujourd’hui, personne ne peut fanfaronner face à lui. Se cogner Arthur sur terre battue, avec la forme qu’il a, en dehors d’Alcaraz et Sinner, personne ne peut rivaliser avec lui».

Pour inquiéter l’Espagnol et l’Italien, «il faut encore progresser dans tous les secteurs», ajoute Arnaud Clément, «même si Arthur est en pleine progression, et a aussi des armes comme son jeu très complet, vers l’avant, et sa belle qualité de volée. C’est un joueur super à suivre parce qu’il a beaucoup de diversité, parce qu’il ne tape pas seulement fort dans la balle en se déplaçant bien». Et parce qu’il pourrait bien être le rayon de soleil tricolore à Roland-Garros.