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¿Cómo se complementan los libros y la música?

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C’est aux Franciscaines, ancien couvent transformé en centre culturel, que s’est tenu pendant trois jours le festival littéraire de Deauville. Lectures musicales, remises de prix et rencontres, il célèbre les liens qui unissent la littérature et la musique et attire aussi bien les lecteurs que les mélomanes, comme un certain Alain Chamfort, que nous avons croisé par hasard entre deux allées : «J’aime les biographies de compositeur, parce qu’il est toujours intéressant de comparer ce que l’on vit avec ce que d’autres ont vécu avant, ou vivent aujourd’hui parce qu’on ne connait pas forcément l’itinéraire précis d’un artiste s’il n’a pas publié lui-même sa propre vie». Notre attention se porte sur les deux ouvrages qu’Alain Chamfort tient dans ses mains : «J’ai acheté les deux livres de mes amis, celui de François Bernheim qui s’appelle «Eddy Barclay et moi», j’avais croisé moi aussi ce monsieur Barclay à l’époque, et puis celui de Jérôme Soligny sur David Bowie. J’ai quasiment tous ses livres mais je n’avais pas celui-ci qui est sorti plus récemment, voilà, c’était l’occasion.»

Pendant le festival, une trentaine d’auteurs et autrices dédicacent leur ouvrage sous le lustre des Franciscaines, inspiré des ciels normands. Parmi eux, Renaud Meyer présente «Retour à Balbec», un roman qui raconte la disparition puis la réapparition d’un pianiste virtuose. La musique est très présente dans la plupart de ses romans, il raconte pourquoi : «Parce que je ne peux pas m’en défaire, tout simplement! J’écoute deux, trois heures de musique tous les jours, donc c’est une chose très présente dans ma vie. Et en même temps la musique est un langage sans mot, et je crois que c’est un peu ça qui me fascine et que j’ai envie de transmettre». Ecoute-t-il de la musique lorsqu’il écrit? «Je l’ai fait avant mais je ne le fais plus (rires). Ça m’inspirait beaucoup mais je me suis aperçu que ça brouillait un peu mon écoute du texte. Ça m’aidait beaucoup pour l’histoire et pas tellement pour l’écriture.»

Renaud Meyer est publié chez Buchet-Chastel, qui possède par ailleurs la collection «La résonnante», dirigée par Maëlis de Lajugie. Son principe : proposer à des auteurs et autrices d’écrire un récit à partir d’un genre musical, d’une chanson, ou d’un artiste. «Je pense que d’un livre à l’autre on ne touche pas les mêmes publics, je ne pense pas que le livre de Hyam Zaytoun «Les femmes afghanes n’ont plus le droit de chanter» s’adresse exactement au public de Fabrice Colin «Les clefs du royaume» qui parle du rock indé et de la musique avant internet. Cela étant, les frontières sont poreuses. Je ne pense pas qu’il existe des lecteurs monomaniaques qui ne s’intéressent qu’à un seul genre. Mais oui je pense qu’avec la collection La Résonnante nous avons une variété de lecteurs qui va être très importante et qui sera en premier lieu attirée par le genre musical que l’on va proposer et puis par le genre du récit.» Les tirages vont de 3000 à 8000 exemplaires, nous dit-elle. Cela va dépendre de chaque auteur, de sa renommée, et du thème du livre.

Outre les romans, le panel des livres dédiés à la musique est large. Petit tour d’horizon avec Philippe Venturini, producteur de l’émission «Sous la couverture» sur France Musique : «Ça peut être des collections consacrées à des compositeurs, et puis il y a les éditions universitaires qui peuvent être clairement musicologiques, faites par des musicologues, mais qui s’adressent aussi à un public amateur un peu éclairé. Et puis il y a parfois des livres encore plus pointus ou précis faits par les éditions Vrin par exemple. Vraiment le panorama est extrêmement varié et je pense que tout le monde peut y trouver son compte, aussi bien quelqu’un qui va dire qu’il ne connait pas Rachmaninov et veut connaitre sa vie et son œuvre, ou se pencher sur l’harmonie dans la musique classique du XVIIIe siècle.»

Parmi les maisons d’éditions spécialisées, il y a les «Bleu nuit éditeur» ou encore les «Editions de la Philharmonie», dirigées par Sabrina Valy. En dix ans, nous explique-t-elle, sa maison d’édition est passée à une diffusion plus généraliste, avec une ouverture aux récits et aux sciences sociales, ce qui ne semble pas être la dynamique du secteur : «Ce qu’on pourrait observer très globalement dans le marché spécialisé des livres musicaux, c’est justement sa spécialisation précisément du fait d’un, je pense, désengagement des éditeurs généralistes dans le domaine des livres sur la musique. On édite de moins en moins de sommes très ambitieuses en temps et en argent. On n’a plus le temps pour ces livres-là, et en même temps on écoute de plus en plus massivement de la musique qui circule partout à une vitesse supersonique.»

Ce marché du livre spécialisé en musique est en difficulté, confirme Philippe Venturini. Ce qui se ressent également sur la présence de ces ouvrages en librairie : «A chaque fois que je vais dans une librairie, je demande toujours s’ils ont une partie consacrée à la musique et là c’est vraiment très variable. Si l’on est dans une grande librairie généraliste d’une grande ville on peut avoir la chance d’avoir de bonnes surprises. Et puis pour d’autres, effectivement ce sont des livres qu’il faudra commander, qu’on n’aura pas forcément à disposition sur les rayonnages de ces librairies. Les livres sur la musique se vendent difficilement, donc c’est pour ça qu’il faut vraiment les soutenir.»

Pour les soutenir il existe notamment le Prix du Livre France Musique – Claude Samuel. C’est Jeremy Eichler qui a obtenu le Grand Prix cette année pour son ouvrage «L’Echo du temps.» Un regard très original, résume Philippe Venturini, sur la façon dont la musique peut faire revivre le passé.