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Une renaissance fulgurante après avoir frôlé le pire: Montpellier, les raisons du succès

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Il y a presque deux ans, le MHR sauvait sa tête en Top 14 dans les dernières minutes du match de barrage contre Grenoble (victoire 18-20). Vingt-trois mois plus tard, beaucoup de choses ont changé au club, 2e du championnat et lancé sur une série de 19 victoires en 22 matches avant de disputer la finale du Challenge européen vendredi (21h) contre l'Ulster. Une évolution importante symbolisée par Joan Caudullo à la tête de ce projet montpelliérain.

Après avoir frôlé la relégation, il y a à peine deux ans, Montpellier a signé un impressionnant retour au plus haut niveau avec une deuxième place du Top 14 à deux journées de la fin et une finale de Challenge européen à disputer vendredi (21h) à Bilbao. RMC Sport explique les raisons de cette renaissance bâtie sur l’immense frayeur du barrage de maintien en 2024.

Un staff avec un ADN du club

Au lendemain du barrage poussif mais victorieux, le 16 juin 2024 contre Grenoble (18-20), Mohed Altrad tient une conférence de presse lors de la garden party de fin de saison. L'occasion de faire le bilan du staff monté en urgence par Bernard Laporte en novembre 2023 (Collazo – Etcheto – Labit) et de prendre une décision bien différente de toutes les précédentes. Fini la recherche d'un grand nom, d'un gros CV pour entraîner son club. Le président décide de promouvoir un staff issu du club avec à sa tête Joan Caudullo. L'ancien talonneur du club rempli toutes les cases pour piloter ce projet à l'ADN Montpellier. Titulaire du Brevet d'état d'entraîneur à 23 ans, il a obtenu son DES (Diplôme d’État supérieur) en 2018 alors qu'il occupait le poste de directeur de formation à Mont-de-Marsan. De retour dans son club formateur en 2020, il gère le centre de formation, entraîne les espoirs et assiste de près au titre de champion de France en 2022. Entraîneur des avants pendant quelques mois l'année suivante, son profil plait au président. Caudullo, dans ses requêtes, souhaite notamment constituer lui-même son staff et s'entoure de gens qu'il connaît bien et qui connaissent surtout le fonctionnement du club.

«C'était important et nécessaire par rapport au problématique que l'on avait de se recentrer sur notre ADN», explique l’entraîneur.

«Avant, des gens qui venaient de l'extérieur étaient parfois très critiques du club, de l'organisation ou du fonctionnement», poursuit-il. «Depuis 1986, il y a eu de belles choses au club donc il fallait se recentrer sur nous.»

Didier Bes (deuxième joueur le plus capé de l'histoire du club), Antoine Battut (joueur de 2014 à 2017) et Benson Stanley (le seul à ne pas avoir porté le maillot) déjà en place conservent leur rôle. Benoit Paillaugue et Geoffrey Doumayrou sont nommés entraîneurs adjoints malgré leur inexpérience et jeune âge. 43,5 de moyenne d'âge, aucune expérience au haut niveau mais une identité forte qui plaît aux joueurs comme Lenni Nouchi. «Ce staff est axé sur Montpellier, ça apporte une identité, on a envie de se reconnaître en eux et ça marche. On est content de travailler dans ce cadre-là«, explique le troisième ligne international français (6 sélections) Florian Verhaeghe partage cet avis. «Il y a un vrai projet club, de la stabilité, quelque chose s’est créé avec ce staff qui a apporté un ADN club. C’est ce qui manquait à cette équipe. Il y a un projet, une identité.»

Retour à une identité forte et place aux jeunes

Pour remettre le MHR en haut du classement, Caudullo multiplie les réunions et demande à Fulgence Ouedraogo (joueur le plus capé de l'histoire) et Pascal Mancuso (ancien entraîneur du club) de réaliser un audit auprès des anciens joueurs pour savoir quel est l'ADN du club. Des mots clés reviennent qui seront le centre du projet: combat, dureté, défense, pénible, abnégation, rien lâcher etc. Le projet Caudullo est lancé. Si le club termine 8e pour la première saison du staff, les bases sont posées et on voit cette année à quel point l'ADN est présent à chaque rencontre. L'autre axe fort du projet en plus de l'identité est de promouvoir de nouveau les jeunes. Caudullo veut leur laisser de la place lui qui a participé à l'éclosion de Léo Banos, Alexandre Becognée ou Léo Coly à Mont-de-Marsan ou au recrutement par exemple de Nans Ducuing au MHR. Le numéro 3 à chaque poste sera un jeune maintenant. Le principe de capsule est créé. Les hauts potentiels chez les Espoirs sont identifiés et s'entraînent en permanence avec les pros ou alors sont prêtés en Pro D2 pour obtenir de l'expérience. Lyam Akrab est le premier exemple de cette réussite. Valentin Welsch, Melvin Rates (recruté à Grenoble cet été) ont eu du temps de jeu cette année notamment en Challenge européen, véritable laboratoire pour le staff. Plus question de recrutement bling bling, le club a décidé de faire confiance à ses jeunes.

Un recrutement ciblé

Billy Vunipola, Stuart Hogg, Maël Moustin, Wilfrid Hounkpatin, Ali Price, Tom Banks, Adam Beard etc. Voilà quelques noms recrutés depuis deux saisons par le MHR qui s'est très peu trompé. Il faut dire que depuis quelques saisons, une vraie cellule de recrutement piloté par Damien Bruno est en place au club. Il travaille main dans la main avec le staff pour cibler les besoins, les potentiels et améliorer l'effectif. Sans oublier le travail de Bernard Laporte qui joue encore de son influence et de ses réseaux pour faire venir certains des «ses» joueurs comme Vunipola. L'international anglais (74 sélections, 45 essais) n'est pas venu en pré-retraite dans l'Hérault, il est le leader de ce collectif et fait l'unanimité dans le vestiaire. Un recrutement ciblé donc et un projet qui permet de conserver les meilleurs joueurs du club comme Nouchi, Baptiste Erdocio ou Auguste Cadot qui se sont engagés sur le long terme malgré l'intérêt des autres clubs. Depuis l'arrivée du staff, le club a regagné une image positive et attire aujourd'hui des joueurs français à gros potentiel comme Dimitri Delibes.

De la stabilité

Depuis son arrivée au club, Mohed Altrad a connu huit staffs différents (Galthié, White, Cotter, Garbajosa, PSA, Cockerill, Collazo et donc Caudullo) avec souvent une durée de vie très courte notamment pour les derniers. Aujourd'hui, malgré les tempêtes, le staff reste en place. Au soir de la défaite contre Clermont – la deuxième à domicile (7-9, le 1er novembre 2025)-, Bernard Laporte a sondé le marché mais Altrad a voulu faire confiance à son staff. Résultat: 19 victoires sur les 22 derniers matches. Pour Caudullo, cette stabilité est la principale clé du succès. «Pau, je crois que ça fait quatre ans qu’ils ont mis leur projet en place. Ils ont fini dans les huit au bout de la troisième ou quatrième année. Là, ils sont sûrs d’être dans les six au bout de leur quatrième année. Nous, on y arrive au bout de deux ans. Je ne dis pas qu’on est meilleurs que Pau, mais en tout cas, la stabilité, obligatoirement, amène des résultats. C’est nécessaire, quel que soit le pilote.»

Un succès vendredi soir contre l'Ulster validerait en tout cas ce projet. Une troisième victoire (après 2016 et 2021) dans cette compétition sera une récompense du travail abattu depuis maintenant 23 mois et replacerait comme le dit Nouchi le MHR dans «la cour des grands».