Le RC Strasbourg se déplace à Madrid pour affronter le Rayo Vallecano en demi-finale de la Ligue Conférence, ce jeudi soir (21h00). Les Strasbourgeois vont découvrir un stade vétuste et délaissé par la direction du club, mais une identité populaire unique en son genre en Espagne.
Dix petits arrêts de métro séparent Vallecas des grands boulevards madrilènes, mais il s'agit presque d'une ville à part. Ce quartier populaire, au sud-est de la capitale espagnole, compte une centaine de milliers d'habitants, indissociables du club de football local: le Rayo Vallecano, adversaire de Strasbourg ce jeudi soir (21h) en demi-finale aller de Ligue Conférence.
Loin du brouhaha du centre-ville, il n'est pas compliqué de trouver un accueil chaleureux à Vallecas. Aux abords du stade, il y a quelques jours, Salim, 70 ans, nous interpelle. «Venez voir le match chez moi!» Il sort les clés de sa tour d'immeuble, nous fait monter une poignée de marches et ouvre la porte de son appartement familial. «Allez, on va sur la terrasse. D'ici on voit tout le terrain», promet-il. Une fois arrivé, nous voilà projeté directement dans l'enceinte du stade. À quelques mètres, directement en dessous du balcon, l'un des buts et un match de Liga en cours, Rayo-Espanyol de Barcelone.
«Valverde a raté un tir et c'est arrivé sur notre balcon»
À Vallecas, il manque une tribune. Alors l'un des virages n'est composé que des locaux qui regardent depuis leur appartement. «Une fois, Valverde du Real Madrid a raté un tiret le ballon est arrivé directement sur notre balcon! Il a failli toucher la tête de mon neveu», rigole Salim.
Même depuis sa douche, il peut regarder les matchs. Le parcage strasbourgeois, on le verra depuis la chambre», nous montre-t-il, dévoilant une autre fenêtre donnant sur le poteau de corner. Pour les supporters strasbourgeois, cela va être une aventure hors du temps. Le stade est complètement vétuste, en raison du manque d'investissement de la direction du club, très critiquée par les supporters.
En cas de pluie ce jeudi, il faudra éviter les flaques dans les travées du stade, certaines zones de la toiture ne résistant que moyennement aux intempéries. Des sièges abîmés, des toilettes délabrées, une pelouse souvent loin du niveau professionnel… les problèmes sont nombreux.
Un manque d'eau chaude dans les vestiaires
En tribune de presse, attention à ne rien débrancher. En novembre, le journaliste Ben Fernandes avait coupé une partie de l'électricité du stade, en branchant simplement son ordinateur à une prise.
Même les joueurs et le staff du Rayo Vallecano se sont plaint publiquement de leurs conditions de travail dans un communiqué en février. Ils avaient notamment pointé du doigt un problème de propreté, une absence d'eau chaude dans les vestiaires lors de certains matchs et l'état des pelouses au centre d'entraînement. Des pelouses les ayant même forcé à délocaliser des séances sur des terrains synthétiques du coin cette saison.
Malgré ces conditions, qui affectent tous les niveaux du club, la communion entre joueurs et supporters est totale. Ce week-end encore, le stade de Vallecas était en ébullition pour soutenir les siens face à la Real Sociedad. «Le Rayo n'a pas besoin d'argent pour être grand, il n'a besoin que de ses valeurs», explique Alejandro, un supporter. «C'est une équipe de quartier, qui va au-delà du football. Ses valeurs sont d'être en faveur du peuple, d'être aux côtés des supporters, de ne jamais laisser qui que ce soit de côté.»
Bordeaux avait lourdement perdu à Vallecas
Pas question d'être jaloux de l'Atlético ou du Real. «Nous, on sort de la maison et on va au stade, alors notre situation est meilleure que celle de n'importe qui», résume Óscar, un local. «C'est le club d'un quartier de classe ouvrière, humble. Vallecas et le Rayo sont inséparables. Ici on ne vient pas pour voir le Rayo gagner, on vient pour le soutenir!», promet un autre supporter, Roberto.
S'ils ne viennent pas nécessairement pour voir le Rayo gagner, les Rayistas ont bien conscience de vivre un moment d'histoire. Pour ce club, c'est un miracle d'être en demi-finale d'une compétition européenne. Lundi, des centaines de supporters ont été contraints de faire la queue dans la rue pendant des heures pour acheter une place pour le match, le club n'ayant pas de billetterie en ligne.
Ils espèrent recréer l'ambiance vécue en 2001 face aux Girondins de Bordeaux en huitièmes de finale de Coupe de l'UEFA. Les Bordelais s'étaient lourdement inclinés sur la pelouse du Rayo (4-1) avant de perdre à nouveau au retour (2-1). Attention à ce que les Strasbourgeois ne tombent pas à leur tour dans le piège de Vallecas.





